Le coup d'envoi de ces négociations est traditionnellement donné par la publication d'un rapport du Conseil central de l'Économie sur la marge salariale, qui est notamment calculée en fonction de l'évolution des salaires dans les pays voisins, et sur la base de laquelle est en principe négociée une norme salariale, qui encadre l'évolution des salaires en Belgique. L'idée étant de veiller à ce que l'évolution des salaires ne mette pas en danger la compétitivité de la Belgique par rapport à ses principaux voisins (Allemagne, France et Pays-Bas).

La crise du coronavirus et les mesures de soutien publiques adoptées pour y faire face rendent toutefois plus difficile la comparaison. Le rapport du Conseil central de l'Économie est attendu mercredi.

Dans les colonnes de L'Echo, le président de la FGTB, Thierry Bodson, s'oppose à la fixation d'une norme salariale cette fois-ci, estimant notamment qu'elle ne serait pas applicable. Selon le syndicat socialiste, certains secteurs ont en effet fortement souffert de la crise du coronavirus, alors que d'autres s'en sortent nettement mieux. Une marge maximale d'augmentation des coûts salariaux de 1 ou 2% "serait inatteignable pour les secteurs qui vont mal, tandis qu'elle constituerait un plafond dénué de sens pour ceux qui sont en bonne santé", déclare Thierry Bodson à L'Echo, avertissant que "si on s'acharne malgré tout à en fixer une, on provoquera des tensions immenses qui menaceront la garantie d'un minimum de paix sociale". "Avec un tel carcan, on risque d'avoir de l'agitation dans de très nombreux secteurs", ajoute-t-il encore.

Le syndicat socialiste n'est pas vraiment sur la même longueur d'onde que l'administrateur délégué de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Pieter Timmermans a laissé entendre début de semaine qu'à ses yeux, vu la crise économique induite par la crise sanitaire, il n'y avait pas vraiment de marge pour une augmentation des salaires.

En réponse, Thierry Bodson souligne qu'en Allemagne, par exemple, le puissant syndicat IG Metall réclame 4% de hausse des salaires.

Du côté de la CSC, on ne veut pas non plus se laisser enfermer dans le carcan de la loi de 1996 sur la compétitivité, revue sous le gouvernement Michel et jugée désormais beaucoup trop stricte par les syndicats. "Nous voulons des négociations libres", a annoncé le président du syndicat chrétien, Marc Leemans, soulignant lui aussi les différences entre secteurs.