C'est la première fois depuis mai 2016 que l'inflation passe en territoire négatif. Les analystes tablaient sur un déclin un peu moindre.

Ce chiffre d'août est bien en deçà des objectifs de la banque centrale européenne (BCE) qui estime qu'une inflation proche de 2% est optimale pour une croissance saine de l'économie. Une inflation négative est source d'inquiétude car elle ouvre la porte à la déflation, une spirale négative qui fait tomber les prix toujours plus bas.

Parmi les causes de cette inflation négative, la baisse temporaire de la TVA en Allemagne, décidée par le gouvernement d'Angela Merkel pour relancer la consommation, ainsi que les soldes d'été dont les prix ont été diminués à plusieurs reprises, a estimé Jack Allen-Reynolds, analyste de Capital Economics.

L'inflation sous-jacente (hors énergie, produits alimentaires, boissons alcoolisées et tabac - qui exclut par conséquent les produits particulièrement volatils) est tombée à un niveau record extrêmement bas: +0,4%, contre +1,2% en juillet. "Et elle devrait se maintenir à ce niveau au moins pendant l'année prochaine", estime M. Allen-Reynolds.

Sur le front de l'emploi, les nouvelles ne sont pas bonnes non plus après les mesures de confinement qui ont mis à l'arrêt des pans entier de l'économie qui ont du mal à redémarrer.

Ainsi, en juillet, le taux de chômage s'affichait à 7,9%, contre 7,7% en juin, selon Eurostat, qui souligne que son mode de calcul ne permet pas de rendre compte pleinement des conséquences du confinement.

"Les mesures massives de relance, mises en place par les gouvernements de la zone euro, ont réussi à neutraliser les effets de la récession sur le marché du travail, mais le chômage augmente néanmoins", a remarqué Bert Colijn, économiste du bancassureur néerlandais ING, dans une analyse.

"Le chômage serait d'environ 10% à l'heure actuelle si les mesures de chômage partiel n'avaient pas été mises en place, ce qui signifie que ces programmes sont un facteur clé pour maintenir le taux de chômage à un niveau aussi bas pour le moment", selon cet expert.

"Les données publiées aujourd'hui mettent en évidence le défi lancé à la BCE", a estimé M. Allen-Reynolds.

Face à la crise profonde provoquée par la pandémie, la BCE a répondu par des mesures d'urgence et massives de soutien, en ayant l'intention d'injecter jusqu'à 1,35 trillion d'euros dans la zone euro via des rachats de dette, tout en maintenant ses taux directeurs à leur plancher historique.

Les gardiens de l'euro veulent ainsi stimuler l'offre de crédit à destination des ménages comme des entreprises, et in fine la croissance et l'emploi.

"La politique monétaire dans la zone euro devra rester extrêmement souple pendant de nombreuses années encore", prévient M. Allen-Reynolds.