"Nous sommes désespérés", résume mardi Alain Schonbrodt, président des aquaculteurs wallons. Pour certains, la pêche et l'horeca représentent en effet environ 80% du chiffre d'affaires. Or, la crise sanitaire s'est déclarée en Belgique une semaine avant l'ouverture de la pêche. Depuis, les aquaculteurs tentent de freiner la croissance des poissons. "Mais on ne peut pas les affamer non plus."

Le Collège des producteurs avait déjà lancé il y a une dizaine de jours un appel aux particuliers possédant un étang pour remettre du poisson frais afin de désengorger les bassins des producteurs. En effet, pour deux tiers d'entre eux, la première source salariale provient de l'activité dite de repeuplement.

"C'est les deux mois où on devait vendre le plus, écouler plusieurs tonnes chacun", ajoute Alain Schonbrodt. De plus, les poissons grossissent, les aquaculteurs tentent donc de freiner leur croissance, sans pour autant les affamer.

Le président des aquaculteurs wallons a de son côté vidé tous les bassins de son exploitation à Marche-en-Famenne, et vendu au maximum, "en bradant le plus possible". Cependant, 530 kg de poissons "dont personne ne voulait" ont dû être détruits. L'éleveur réalisera des travaux d'infrastructure en attendant.

Les 40 à 50 aquaculteurs wallons (en comptant les pêcheries) font aussi face depuis 2016 à un autre problème: la sécheresse et le niveau des cours qui baisse de manière récurrente.

Les aquaculteurs, qui espèrent pouvoir obtenir une compensation pour le poisson détruit, invitent les consommateurs à "revenir vers eux" pour acheter du poisson et autres en ces temps de confinement, car tous n'ont pas vidé leur exploitation. Ils peuvent aussi s'habituer à manger des poissons, comme la truite, "hors calibre". "C'est meilleur!", assure Alain Schonbrodt.

Les aquaculteurs wallons, dont 80% sont des producteurs de truites, produisent ensemble environ 250 tonnes, selon des données rassemblées sur le portail des filières agricoles wallonnes (filagri). La majeure partie de la production est destinée au repeuplement des rivières et étangs de pêche.

En Belgique, 24,8 kg de produits aquatiques sont consommés en moyenne par an et par habitant. La truite ne représente que 4% du volume total des poissons (environ 350g par habitant par an).