Grâce à ses coussins de fonds propres et de liquidités, le secteur financier belge est suffisamment solide pour affronter et contribuer à relever les défis liés à la crise du Covid-19. 

C'est ce qu'estime mercredi la Banque nationale de Belgique (BNB) dans son rapport annuel sur la stabilité financière, appelant les établissements financiers à continuer de soutenir l'économie réelle, le cas échéant en utilisant ces coussins constitués. La pandémie de coronavirus a mis brutalement fin à une longue période de relative stabilité économique et financière, constate la BNB. Les mesures sanitaires ont en effet eu un impact majeur sur les activités économiques et sur les marchés financiers à travers le monde, avec une récession mondiale et simultanée qui semble inévitable.

L'économie belge a subi et subit également cette crise, notamment en raison des mesures de confinement qui ont été en vigueur durant plusieurs semaines.

La crise actuelle confronte dès lors le système financier belge à des défis importants. Si, en 2007-2008, ce dernier avait constitué un important catalyseur de la crise financière, il peut cette fois se prévaloir d'une position de départ solide. Et joue(ra) donc un rôle-clé dans l'amortissement de l'impact de la crise et dans le soutien à l'économie réelle.

Ces 10 dernières années, le secteur, en particulier les banques, a en effet constitué d'importants coussins de fonds propres et de liquidités, qui peuvent maintenant être utilisés pour absorber les pertes de crédit et assurer l'octroi de crédits à l'économie réelle.

D'une politique macroprudentielle préventive visant à renforcer la résilience du secteur financier, on est brusquement et radicalement passé à une politique active de crise, analyse la Banque nationale. Celle-ci est axée sur le soutien et le maintien des services financiers, entre autres par la libération partielle de coussins de fonds propres.

La politique économique à l'échelon national et international a été en outre fondamentalement adaptée grâce à une réponse décisive et coordonnée à la crise, pointe la BNB.

Dès les premiers signes de la crise, cette dernière a rapidement libéré le coussin contracyclique. La désactivation de celui-ci décidée en mars dernier sera d'ailleurs probablement prolongée au moins jusqu'à la mi-2021.

La Banque nationale peut également, en cas de matérialisation de risques sur les marchés immobiliers, libérer les coussins macroprudentiels constitués dans ce but. Elle demande cependant aux banques de maintenir une politique de crédit responsable, en particulier en matière de crédit hypothécaire, afin de limiter l'ajout de nouveaux risques excessifs aux bilans des établissements de crédit. Elle confirme ainsi ses attentes prudentielles d'octobre dernier dans lesquelles elle demandait aux établissements financiers d'être plus prudents dans l'octroi de crédits hypothécaires à risque et de prendre davantage en compte l'endettement et la charge de remboursement mensuelle des ménages.

La BNB se veut très attentive, dans les semaines et mois à venir, à l'évolution des marchés belges de l'immobilier et du crédit étant donné certaines vulnérabilités sur ces marchés. Elle est ainsi prête à libérer les coussins de fonds propres macroprudentiels constitués pour les risques immobiliers si, par exemple, ces risques venaient à se matérialiser et entraînaient une augmentation substantielle des prêts non performants, prévient-elle. Les attentes prudentielles concernant le crédit hypothécaire demeurent toutefois applicables pour le moment.

Pour que le secteur financier continue à jouer son rôle d'intermédiaire financier et contribue activement à amortir l'impact de la crise et à soutenir l'économie réelle, la Banque émet plusieurs recommandations. Elle encourage tout d'abord l'utilisation maximale et responsable des coussins microprudentiels et macroprudentiels pour soutenir l'économie réelle.

Elle exhorte ensuite le secteur financier à faire temporairement preuve "de la retenue nécessaire" en ce qui concerne la politique actuelle et future de distribution de dividendes et l'attribution de rémunérations variables aux hauts responsables, et de s'abstenir au moins jusqu'au début du mois d'octobre de procéder à des distributions de dividendes ou des opérations similaires.

Enfin, le secteur financier doit continuer à être attentif aux importants défis structurels à plus long terme que sont la persistance d'un environnement de taux bas (qui pèse sur la rentabilité des banques) et la viabilité de certains modèles d'entreprise, qu'il convient de réévaluer, conclut la BNB. Il lui faudra en outre surveiller étroitement, et éventuellement atténuer, les risques inhérents à la transition vers une économie plus durable et numérisée, par exemple en matière de stabilité financière.