"Nous tirons déjà nos dernières cartouches et la crise continue à s'aggraver", a déclaré le directeur général d'Airports council international (ACI) Europe, Olivier Jankovec, cité dans un communiqué.

L'organisation, qui représente 500 aéroports dans 46 pays européens, estime qu'au cours des prochains mois près de 200 aéroports régionaux risquent d'être en état d'insolvabilité en raison de la faiblesse persistante du trafic aérien liée aux fermetures de frontières et restrictions de circulation face à la nouvelle vague de Covid-19.

"Les dépenses de trésorerie des aéroports, déjà à des niveaux insupportables, ne feront que s'accélérer avec de nouvelles pertes d'emplois, en l'absence d'une intervention urgente", s'est alarmé ACI.

"Clairement, nous allons avoir besoins d'aides" car celles "données à certaines compagnies aériennes ne vont pas résoudre nos problèmes", a martelé M. Jankovec mercredi lors d'une réunion du secteur au niveau européen.

Selon l'ACI, les aéroports européens plus importants et les "hubs" "ne sont pas à l'abri d'un important risque financier" après avoir réduit les coûts "jusqu'à l'os" et avoir eu recours aux marchés financiers pour consolider leurs comptes.

Pour leur permettre de tenir, l'ACI demande notamment que les aides d'État aux entreprises puissent être versées jusqu'à la fin 2021.

En octobre, Bruxelles a annoncé l'élargissement et la prolongation jusqu'à l'été 2021 de l'assouplissement des aides d'État adopté au printemps dernier pour soutenir les entreprises européennes face à la pandémie.

L'ACI réclame également un plan spécifique pour l'aviation qui permettrait de verser des aides tant que des mesures de restrictions de circulation seront maintenues en Europe.

Approche "plus équilibrée" 

"Par rapport aux compagnies aériennes qui ont bénéficié de plus de 31,8 milliards d'aides de la part des gouvernements européens, le soutien aux aéroports est resté limité jusqu'ici, atteignant 840 millions" d'euros, a noté ACI.

"Nous avons besoin" des mêmes aides que les compagnies aériennes de la part des États, a insisté M. Jankovic, réclamant une "approche plus équilibrée" des soutiens accordés.

L'essentiel des revenus des aéroports dépend du trafic passagers, souligne ACI, ajoutant que la bonne tenue du fret aérien n'a qu'un "impact marginal" sur les revenus des aéroports qui par ailleurs ne sont payés qu'une fois le service rendu.

Le secteur du transport aérien est l'un des plus durement touchés par la crise avec des coûts fixes qui pèsent lourdement sur les finances.

Pour regagner la confiances des passagers et permettre un redémarrage du trafic, l'ensemble des acteurs réclame le déploiement à grande échelle de tests de dépistage du Covid-19 dans les aéroports, permettant d'éviter les mesures de quarantaine à l'arrivée.

L'Association internationale du transport aérien (Iata) prévoit une baisse du trafic mondial en 2020 de 66% et n'envisage pas un retour à une situation d'avant-crise avant 2024.

En septembre, le trafic aérien mondial était en recul de 72,8% (mesuré en kilomètres-passagers payants, ou RPK) par rapport à la même période en 2019, contre -75,2% en août, selon l'Iata.

Comme en août, seules 12% des liaisons internationales ont été assurées. Cet effondrement du long-courrier va vraisemblablement conduire à une transformation du "business model" des aéroports, a souligné le patron d'ACI Europe.

En revanche, les liaisons intérieures ont enregistré en septembre un léger mieux (-43,3% contre -50,7% en août) avec un quasi-retour à la normale en Chine et en Russie.

En Europe, le trafic a été en baisse de 75,8% en septembre par rapport à la même période en 2019.