Respect des mesures sanitaires oblige, c'est une petite délégation d'agriculteurs belges et venant d'autres pays qui a manifesté mardi matin dans le quartier européen de Bruxelles. Ils en ont "plein les bottes" et leur action, visuelle et symbolique, avait pour but de dénoncer une certaine politique agricole et commerciale menée par l'Europe, tout comme le "lobbying intense de la Copa Cogeca", le plus gros syndicat agricole européen, "qui défend les intérêts de l’agriculture industrielle" sur les élus de l'UE.

Ces fermiers liés aux associations Réseau de soutien à l’agriculture paysanne (RéSAP), Fugea et Agroecology in Action ainsi que des membres de Youth for Climate et diverses ONG soutiennent un modèle agricole familial et durable. Ils estiment que "la ratification du traité de libre-échange UE-Mercosur", entre l'Europe et certains pays sud-américains,"et le projet de réforme de la Politique agricole commune (PAC) condamnent l’agriculture nourricière et durable et s’opposent aux ambitions climatiques européennes".

Pour les manifestants, la ratification du traité de libre-échange entre l'UE et le Mercosur "condamne l’agriculture nourricière et durable". © Damien Charles

L'office belge de statistique Statbel estime qu'en moyenne, 18 fermes arrêtent leur activité dans notre pays chaque semaine. Une triste réalité que les manifestants ont illustré en déposant plus de 200 paires de bottes en caoutchouc au rond-point Schuman, devant les bâtiments des grandes institutions européennes.

Selon Statbel, 18 exploitations agricoles stoppent leur activité chaque semaine. © Damien Charles

Les manifestants s'insurgent contre le fait que les subsides de la future PAC vont continuer à se baser sur la superficie des fermes, et que les objectifs environnementaux du Pacte vert européen seront loin d'être rencontrés si "l’Union européenne préfère soutenir l’agrobusiness”.

"Parallèlement, le traité avec le Mercosur vise à augmenter les échanges internationaux de produits agricoles et la concurrence entre les producteurs. Ces politiques favorisent une agriculture industrielle à grande échelle, vouée à l’exportation, au détriment de la biodiversité, du climat et d’un emploi agricole de qualité", soulignent-ils encore.

Pour Astrid Ayral, membre du syndicat agricole wallon Fugea, “face aux enjeux climatiques actuels, nous avons besoin d’une PAC qui soutient les agriculteurs dans une transition vers l’adoption de pratiques durables, en leur assurant un revenu digne”

“L’accord entre l’UE et le Mercosur est une agression contre nos éleveurs, nos agriculteurs et notre climat. Il favoriserait l’entrée de produits issus d’immenses monocultures volées aux peuples originaires et aux forêts tropicales”, déclare Hanne Flachet, de l’ONG Fian Belgique.

"Nous ne sommes pas en colère, nous sommes tristes, nous sommes déçus.” © Damien Charles

Tijs Boelens, agriculteur, a pour sa part lancé aux dirigeants européens : “Où êtes-vous quand les paysans disparaissent les uns après les autres ? Nous ne sommes pas en colère, nous sommes tristes, nous sommes déçus”.