Kim Beom-su, à l'origine de KakaoTalk, l'application de messagerie la plus populaire de Corée du Sud, a promis début février de donner plus de la moitié de ses avoirs, estimés à 9,6 milliards de dollars (8 milliards d'euros) pour "résoudre les problèmes sociaux".

Quelques jours plus tard, Kim Bong-jin, qui a créé l'application de livraison de repas Woowa Brothers, et son épouse sont devenus les premiers Sud-Coréens à signer le Giving Pledge.

Cette "Promesse de donation", lancée en 2010 par les Américains Warren Buffett et Bill Gates, encourage les milliardaires à donner plus de la moitié de leur richesse à des organisations caritatives.

Une pratique peu courante en Corée

L'annonce des deux Kim, tous deux des self-made-men issus de la classe ouvrière, à de quoi surprendre dans un pays où l'argent demeure généralement au sein des chaebols, les grands conglomérats familiaux qui dominent l'économie du pays.

Dans un communiqué annonçant sa donation, Kim Bong-jin a décrit ses "origine modestes" sur une petite île.

Ses parents avaient un petit restaurant, dans lequel il dormait. Adolescent, il a abandonné son rêve de faire des études artistiques pour aller dans un lycée professionnel moins cher.

La fortune, a-t-il écrit, n'a de la valeur que si elle est utilisée "au profit des moins favorisés".

Dans leur communiqué, M. Kim et sa femme se disent certains que ce don "est le plus grand héritage" qu'ils puissent faire à leurs enfants.

Aucun des deux milliardaires n'a jusqu'à présent donné de calendrier concernant leur donation ni de détails sur les organisations bénéficiaires.

A ce jour, plus de 200 super-riches se sont engagés à faire une donation, selon le site internet de Giving Pledge.

Mais cette initiative a eu du mal à trouver un écho en Asie orientale. Rares sont les fortunes chinoises, hongkongaises et taïwanaises, japonaises qui y ont pris part.

Comme de nombreuses sociétés d'Asie de l'Est, la Corée du Sud est largement centrée sur la famille et les dons aux personnes qui n'en faisant pas partie sont rares.

Un modèle qui ne convient pas aux nouvelles technologies

Selon le classement mondial de Charities Aid Foundation, une organisation qui encourage les dons, en 2021 le pays est 57ème, le Japon à 107 et la Chine 126.

Les familles à l'origine des chaebols n'en détiennent souvent qu'une petite fraction mais elles les contrôlent via un système complexe de participations croisées.

"A la sortie de la guerre, la priorité était la survie, pas la philanthropie, et travailler avec les membres de sa propre famille était considéré comme le moyen le plus efficace de gérer une entreprise", a expliqué à l'AFP Jangwoo Lee, professeur d'administration des affaires au sein de l'Université nationale de Kyungpook.

Mais Kim Beom-su et Kim Bong-jin, qui ont tous deux fondé leur société en 2010, ont été parmi les premiers à se lancer dans les nouvelles technologies.

L'application de messagerie KakaoTalk a été installée sur plus de 90% des téléphones du pays. De son côté, l'application Woowa est chaque mois utilisée par plus de dix millions de personnes, soit environ 20 % de la population.

Les enfants du fondateur de la messagerie occupent des postes au sein de l'entreprise, mais selon le professeur Lee, le modèle en vigueur dans les chaebols est obsolète dans de telles entreprises.

"Ce sont des industries créatives et elles ont besoin de spécialistes, et non de membres de la famille, à leur tête pour prospérer", selon lui.

"Un sens du bien public"

La législation sud-coréenne offre, sous certaines conditions, des avantages fiscaux aux donateurs.

Ainsi, le président du constructeur automobile Hyundai Motor, Chung Mong-Koo, a doté une fondation éponyme de ses actifs et le groupe Samsung - le plus grand conglomérat du pays - a fondé le Leeum, un musée d'art à Séoul.

M. Kim, le fondateur de la messagerie, a grandi dans un milieu très défavorisé. Ses parents faisaient des petits boulots alors qu'il s'occupait de sa grand-mère.

Les huit membres de la famille vivaient dans une chambre. Une fois étudiant dans la prestigieuse université nationale de Séoul, il n'avait pas de quoi s'offrir un déjeuner.

Pour Vladimir Tikhonov, professeur d'études coréennes à l'université d'Oslo, ces dons "traduisent le sens du bien public dont font preuve" ces entrepreneurs qui "ont quelque chose que les riches héritiers n'ont pas".