Selon l'indice Bloomberg des prix des matières agricoles, les prix des céréales ont grimpé de 22% sur un an, au plus haut depuis 2016.

Le cours du pétrole brut a pris 30% depuis un an. Celui du bois de construction a triplé au cours des douze derniers mois. La fédération des constructeurs aux Etats-Unis a même averti qu'il en coûtait désormais 36.000 dollars de plus en moyenne pour bâtir la charpente d'une maison.

Le cours du cuivre, dont la demande reflète l'état de santé de l'économie mondiale, a battu cette semaine un record vieux de dix ans, porté par l'appétit chinois et la faiblesse du dollar.

L'étain, prisé pour les circuits électroniques, les composants automobiles, les batteries, est également au plus haut depuis 2011, ayant doublé son prix en un an.

Les raisons à ces hausses sont variées.

Pour le pétrole, la demande mondiale accélère avec la réouverture des économies, "la Chine et la locomotive américaine dépassant de loin l'ampleur du ralentissement en Inde", submergée par l'épidémie de Covid-19, remarque Bjornar Tonhaugen de Rystad Energy.

"Le brut semble instoppable", écrit Bart Melek de TD Securities, alors que le cours du baril de Brent s'est rapproché cette semaine du seuil des 70 dollars. A la pompe, le prix de l'essence aux Etats-Unis est passé de 1,77 dollar le gallon (3,8 litres) il y a un an, à 2,89 dollars aujourd'hui, selon l'association automobile AAA.

Pénurie de conteneurs

Pour le sucre, c'est la pénurie de conteneurs et les goulets d'étranglement dans les ports qui poussent les prix, tandis que le maïs, le soja et le blé connaissent aussi des problèmes de livraison.

Quant au cuivre, il est de plus en plus utilisé dans les infrastructures énergétiques en transition, estime Elijah Oliveros-Rosen de S&P Global Ratings.

Sur les marchés, les contrats à terme sur ces produits sont en outre des instruments financiers très attractifs pour les investisseurs, dans un contexte de taux d'intérêt très faibles et de modeste rentabilité des bons du Trésor, soulignent les analystes.

"Il y a beaucoup d'argent sur le marché, et lorsque la Fed a indiqué en août qu'elle ne relèverait pas les taux de sitôt, elle a autorisé l'inflation à se former", analyse Michael Zuzolo de Global Commodity Analytics and Consulting.

"Ce changement historique de politique monétaire a attiré les investisseurs, en plus des problèmes d'approvisionnement restreints, de logistique et de bond de la demande", ajoute l'analyste des marchés agricoles. Il souligne aussi que "le dollar faible et le renforcement des monnaies des pays émergents producteurs attirent les flux d'investissements".

Les entreprises stockent

Les caprices du climat avec la sécheresse en Amérique latine et le gel tardif en Europe ont aussi une influence.

Parmi les hausses de prix les plus spectaculaires, le porc tient le haut du pavé (+51% en un an), selon le département américain de l'Agriculture dans un rapport publié en avril.

Alors qu'on cite souvent la forte demande chinoise pour cette viande, le ministère signale ici "un doublement du prix de la poitrine de porc" depuis la pandémie car "les consommateurs américains prennent davantage leur petit déjeuner à la maison".

Dans ces conditions de tensions sur les marchés, les entreprises tendent à stocker ces matières premières d'avance, poussant encore les prix à la hausse.

Certains fabricants commencent à acheter "trop", en raison "de pénuries de matières premières", a signalé vendredi l'indice ISM d'activité manufacturière de la région très industrielle de Chicago.

Ces pénuries "continuent de peser sur les coûts des entreprises", souligne le communiqué.

Cette poussée des coûts est en passe d'atteindre le consommateur aux Etats-Unis, alors que l'inflation a accéléré en mars.

Entre la hausse des plastiques, du papier et du sucre, les grands fabricants comme Procter and Gamble, Kimberly-Clark et Coca-Cola ont tous annoncé qu'ils allaient augmenter leurs prix.