Première puissance économique arabe et plus grand exportateur de pétrole brut au monde, l'Arabie saoudite a annoncé qu'elle allait cesser à partir de 2024 de faire affaire avec des entreprises étrangères dont le siège régional est situé à l'extérieur du royaume.

L'annonce a fait frémir à Dubaï, le hub international des Emirats arabes unis voisins et alliés. Pauvre en pétrole, cette clinquante cité-Etat prisée des expatriés pour son mode de vie luxueux a rendu l'ouverture d'entreprises presque aussi facile que la commande d'un repas, dans une région du Golfe étouffée par la bureaucratie.

Résultats : Dubaï a attiré 140 sièges régionaux en trois décennies, bien plus que toute autre ville du Moyen-Orient, beaucoup d'entre eux travaillant à distance avec des entreprises ou institutions saoudiennes.

Pour Steffen Hertog, professeur associé à la London School of Economics and Political Science, l'Arabie saoudite n'avait pas "l'intention" de défier l'émirat, mais "ce sera le cas en pratique puisque Dubaï tend à être le lieu par défaut des sièges régionaux des entreprises internationales".

"MBS" veut poursuivre l'ouverture de l'Arabie saoudite

En dépit de sa puissance de frappe économique, le territoire saoudien a longtemps rebuté les sociétés internationales en raison du casse-tête bureaucratique, de menaces sécuritaires, de la corruption et de normes sociales très austères, loin des bars branchés et plages privées de Dubaï.

Mais depuis son ascension en 2017, le prince héritier Mohammed ben Salmane cherche à moderniser l'économie du pays et à assouplir les très pesantes règles sociales, en particulier pour les femmes et les jeunes.

"Notre objectif est de faire de Riyad l'une des dix plus grandes villes économiques du monde", avait déclaré en janvier le dirigeant âgé de 35 ans.

Sous son impulsion, Riyad (7,5 millions d'habitants) a ouvert ses portes au divertissement et aux investissements. La célèbre police religieuse a été mise sur la touche et des campagnes de lutte contre la corruption ont été lancées.

Si elles ont attiré certains investisseurs, ces réformes ont largement été ternies par une répression féroce contre les opposants et par l'effroyable assassinat en 2018 du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, qui a suscité un émoi international.

Riyad, encore (très) loin de Dubaï et Abou Dhabi 

L'entrepreneuse saoudienne Haya Akhdar et son mari français Ugo Baudez ont lancé en 2017, à Dubaï, leur cabinet de conseil spécialisé dans les marques de luxe. Pour le jeune couple, c'est le bon moment pour s'aventurer à Riyad, mais comme beaucoup, ils garderont un pied dans chaque ville.

"Nous avons assisté à la croissance du marché et l'attention portée de plus en plus par de nombreuses marques vers l'Arabie saoudite, en particulier Riyad", dit à l'AFP M. Baudez.

Dubaï a plusieurs coups d'avance sur sa rivale saoudienne. © Shutterstock

"Nous devons être proches de nos clients sur ces deux marchés importants", ajoute-t-il.

Pour rester compétitifs par rapport aux Saoudiens, les Emirats doivent "accélérer certaines réformes qui sont encore impensables pour l'Arabie saoudite", estime Ryan Bohl, un analyste du Moyen-Orient à la société de conseil Stratfor.

Les villes saoudiennes manquent encore d'infrastructures adéquates dans les domaines clés des transports ou des banques. Et elles sont loin des codes sociaux libéraux de Dubaï où l'alcool n'est pas interdit et où les femmes s'habillent comme elles veulent.

"Riyad et Jeddah (ouest) sont à des années-lumière de Dubaï et même d'Abou Dhabi (capitale des Emirats) en termes de libéralisme social, de logement, d'éducation et de lieux de divertissement", ajoute Ryan Bohl.

La sécurité, enjeu crucial

Dubaï est aussi considérée comme l'une des villes les plus sûres de la région, tandis que Riyad reste confrontée à des menaces, notamment des rebelles Houthis du Yémen, que les Saoudiens combattent depuis 2015.

"Les entreprises et les banques qui opèrent depuis 30 ans à Dubaï l'ont choisie pour sa qualité de vie, ses avantages concurrentiels, son environnement législatif et social et ses infrastructures uniques", a souligné le professeur de sciences politiques émirati Abdulkhaleq Abdulla.

"Ils ne la quitteront pas. Mais bienvenue à la concurrence!"