La patronne de la Banque centrale russe a critiqué mercredi les mesures gouvernementales de contrôle des prix de l'alimentaire, voulues par Vladimir Poutine, face à une importante inflation sur certains produits.

"Le plafonnement administratif des prix devrait être abandonné dès que possible, car il fausse les indicateurs de prix dans l'économie et décourage le développement de la production", a déclaré Elvira Nabioullina, une des seules voix critiquant ponctuellement les politiques économiques gouvernementales.

Il faut "faire très attention à ne pas se laisser emporter par ces mécanismes", a-t-elle jugé, s'exprimant lors d'une discussion diffusée sur YouTube par la Bourse de Moscou.

Les prix à la consommation ont commencé à grimper en Russie depuis mars 2020 sur fond de crise pétrolière, de chute du rouble et de ralentissement économique mondial dû à la pandémie de Covid-19.

Cette inflation a été notamment tirée par une explosion des prix des aliments de base - en premier lieu le sucre et l'huile végétale - qui ont poussé les autorités à introduire des mesures telles que des quotas d'exportations.

Des accords sur la stabilisation des prix du sucre courent jusqu'au 1er juin 2021, et jusqu'au 1er octobre 2021 pour l'huile de tournesol, Vladimir Poutine déclarant qu'il n'y avait "rien de mal" à ce que les producteurs réduisent leurs bénéfices.

Mais des voix se sont élevées pour protester contre ces mesures, comme le patron de la chaîne de supermarchés Lenta, Vladimir Sorokine, qui a affirmé au journal RBK qu'elles pourraient ruiner les plus grands détaillants aux marges déjà très faibles.

Les prix mondiaux des denrées alimentaires de base battent des records depuis plusieurs mois, en raison d'une hausse des prix des matières premières provoquée par les espoirs de reprise économique ainsi que par une météo défavorable et des chaînes d'approvisionnement fragilisées par la pandémie.

En Russie, cette évolution s'accompagne d'une chute du pouvoir d'achat depuis des années et l'augmentation des prix rappelle des souvenirs douloureux aux Russes, marqués par l'inflation hors de contrôle et les supermarchés vides après l'effondrement de l'Union soviétique dans les années 1990.