Cuba permettra à partir de lundi d'acheter en dollars certains aliments et produits d'hygiène et supprimera la taxe de 10% imposée sur cette monnaie, alors que l'île, fragilisée par le renforcement de l'embargo américain et la pandémie de coronavirus, a besoin de devises.

"Nous allons éliminer cette taxe de 10% dans un contexte d'hostilité et de renforcement de l'embargo des Etats-Unis", a annoncé à la télévision le ministre de l'Economie Alejandro Gil.

Interdit à Cuba jusqu'en 1993, le dollar est frappé depuis 2004 d'une taxe de 10% quand on souhaite le changer ou le déposer sur un compte, une riposte du gouvernement communiste à l'embargo.

Mais le pays est confronté à de graves difficultés économiques, liées aux sanctions américaines, à la crise de son principal partenaire, le Venezuela, et à la pandémie qui l'a obligé à fermer ses frontières fin mars, le privant des devises des touristes qui lui permettent de payer ses importations.

En octobre dernier, il avait déjà autorisé la vente d'électroménager et de voitures en devises étrangères, dont le dollar, via des cartes magnétiques reliées à des comptes qu'il faut ouvrir sur l'île. Mais tout Cubain y déposant des dollars perdait 10% de leur valeur.

Désormais, cette taxe est supprimée et le réseau de magasins vendant uniquement en devises sera étendu à des boutiques d'aliments et de produits d'hygiène.

"Il y a un segment du marché avec la capacité économique (...), cela a été prouvé avec les ventes que nous avons faites en devises des équipements (électroménagers) et des voitures", a expliqué le ministre de l'Economie, assurant que la vente d'aliments se poursuivrait aussi en CUC (équivalent au dollar) et en CUP (24 CUP valant un dollar).

Il s'agit d'une situation "exceptionnelle", a-t-il souligné, alors que le tourisme, moteur économique de l'île, est à l'arrêt.

"C'est une mesure juste et logique", a commenté pour l'AFP l'économiste Omar Everleny Pérez, car "le pays, pour fournir ses magasins, a besoin d'une monnaie pour le faire" et payer ses importations : "c'est une dollarisation" de l'économie.

Selon la Cepal, la commission économique de l'ONU pour l'Amérique latine, le PIB cubain devrait chuter de 8% cette année.

Le gouvernement travaille aussi à la création de petites et moyennes entreprises, publiques et privées, et à la participation d'investisseurs étrangers dans la production d'aliments.

"Ces mesures visent à nous renforcer, non seulement pour résister mais aussi pour aller de l'avant et nous développer", a promis le président Miguel Diaz-Canel.