En présentant son budget de relance au Parlement britannique, le ministre des Finances Rishi Sunak doit déclarer que le gouvernement fera "tout ce qui sera nécessaire pour aider les Britanniques et les entreprises à traverser cette crise", d'après le Trésor.

Ce conservateur pro-Brexit, soucieux d'orthodoxie budgétaire, doit aussi répéter qu'une fois "que nous serons sur le chemin de la reprise, nous aurons besoin de commencer à réparer les finances publiques", face à des déficits devenus abyssaux depuis que le gouvernement a dépensé déjà 280 milliards de livres pour maintenir l'économie sous perfusion.

Mesure la plus attendue, le Chancelier doit annoncer une extension jusqu'à fin septembre du programme de chômage partiel en place depuis mars dernier et qui devait expirer en avril. L'Etat subventionne ainsi depuis des mois 80 % des salaires à hauteur de 2.500 livres (2.890 euros) pour les employés forcés de ne pas travailler en raison des mesures sanitaires.

Le taux de chômage a certes grimpé à 5,1 % contre 3,9 % environ avant la pandémie, mais les économistes s'accordent pour dire qu'il aurait flambé bien plus sans ces aides massives. D'après le Trésor, les aides à l'emploi ont bénéficié à 11,2 millions de postes depuis le début de la pandémie.

"Les employeurs se verront demander une petite contribution à partir de la fin juillet", et le gouvernement réduira sa prise en charge à 70 % à partir de juillet et 60 % en août et septembre, souligne le Trésor britannique.

Aide aux pubs

Parmi les mesures présentées mercredi, M. Sunak devrait dévoiler un fonds de 410 millions de livres pour soutenir les institutions artistiques, forcées de rester fermées pour la plupart depuis un an, tout comme les boîtes de nuit ou centres de conférence.

Le Chancelier devrait aussi annoncer 150 millions de livres pour la sauvegarde des pubs. La restauration, la distribution et les transports comptent aussi parmi les secteurs les plus durement frappés par les confinements.

Le Sunday Times évoquait une prolongation de la suspension de la taxe sur les achats immobiliers jusqu'à l'été, qui a dopé ces derniers mois les transactions et les prix des logements.

La dette s'envole

Le Royaume-Uni, pays européen au pire bilan sanitaire avec quelque 123.000 décès attribués au virus, est aussi le pays développé ayant subi le plus important choc économique avec un PIB qui a dégringolé de 9,9 % l'an dernier.

Le confinement en cours depuis fin décembre ne commencera à être progressivement levé que la semaine prochaine avec la réouverture des écoles, mais les commerces non essentiels resteront fermés jusqu'à mi-avril, et les économistes prévoient un retour à la contraction économique au premier trimestre.

Le Brexit a apporté une complication supplémentaire avec de grosses perturbations dans les livraisons et exportations, entre déclarations administratives alourdies et taxes qui mettent en danger certaines PME. Les milliards de livres injectés pour maintenir l'économie britannique sous perfusion ont fait flamber la dette du secteur public de 316 milliards de livres à 2.115 milliards, 98 % du PIB et un niveau pas vu depuis 60 ans.

Hausses parcimonieuses 

Le leader de l'opposition travailliste Keir Starmer a toutefois répété la semaine dernière que "ce n'est pas le moment" pour des hausses d'impôts, qui risqueraient selon lui, et nombre d'économistes, d'étouffer dans l’œuf la reprise.

D'après la presse britannique, M. Sunak devrait se contenter d'annoncer des hausses parcimonieuses pour l'instant, probablement un relèvement de la taxe sur les entreprises.

Enfin, le Chancelier devrait annoncer mercredi les conclusions d'une étude sur la compétitivité de la place financière de Londres, durement concurrencée par les places européennes comme Paris ou surtout Amsterdam, qui l'a doublée sur le courtage d'actions depuis que le Brexit est devenu effectif début janvier.

L'étude recommande notamment de libéraliser les règles sur les véhicules financiers ad hoc pour acquérir des entreprises, et de réduire le pourcentage requis de mise sur le marché du capital pour qu'une entreprise puisse être cotée au Royaume-Uni.