"S'il n'est pas ciblé, s'il se perd dans des dédales administratifs et n'irrigue pas l'économie réelle pour orienter nos pays vers le numérique et le vert, nous aurons raté une occasion historique de changer la donne", a-t-elle mis en garde dans un entretien au Monde paru lundi sur le site internet du quotidien français.

Or les négociations sur ce plan exceptionnel de 750 milliards d'euros, adopté en juillet par les Vingt-Sept pour aider les Etats membres à faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire, achoppent.

Les eurodéputés exigent un mécanisme dissuasif pour conditionner les subventions européennes au respect de l'Etat de droit, auquel s'opposent la Pologne et la Hongrie, ce qui bloque tout le processus.

Interrogée sur le risque que ces 750 milliards d'euros soient distribués "trop tard", la présidente de la Banque centrale européenne a répondu: "l'objectif de la Commission est de pouvoir les verser début 2021 et il doit absolument être tenu".

"La balle est dans le camp des Etats, qui doivent présenter leurs plans de relance - certains sont déjà prêts -, et de la Commission, qui devra les passer au crible rapidement. Les responsables politiques devront aussi aller vite, notamment les parlements nationaux pour adopter les dispositifs".

"Il est crucial que ce plan exceptionnel, qui a levé d'importants tabous dans certains pays, soit un succès", a-t-elle insisté.

Dans le même esprit, le président français Emmanuel Macron a appelé vendredi, à l'issue du sommet des Vingt-Sept à Bruxelles, à faire preuve d'"esprit de compromis" pour débloquer les négociations sur le budget européen, auquel est adossé le plan de relance.

Car, faute de "petit pas" de la part des Etats, les négociations sont "au point mort", a reconnu jeudi le président du Parlement européen, l'Italien David Sassoli.

Un million d'emplois sauvés 

Or le temps presse.

"La deuxième vague épidémique en Europe, notamment en France, et les nouvelles mesures de restrictions qui l'accompagnent (...) pèsent sur la reprise", a prévenu Christine Lagarde.

La BCE prévoit pour le moment une chute du PIB de 8% en zone euro en 2020, mais "si la situation se détériore, cela noircira évidemment nos prévisions", qui seront revues en décembre, a-t-elle reconnu.

Toutefois, l'institution basée à Francfort n'a pas dit son dernier mot.

"S'il faut faire plus, nous ferons plus", a assuré la Française, laissant entendre que le plan d'urgence face à la pandémie (PEPP), qui consiste pour la BCE à racheter les dettes des Etats à l'échéance et leur permettre ainsi de financer leurs coûteux plans de relance, pourrait bénéficier d'une nouvelle rallonge en décembre.

Initialement de 750 milliards d'euros en mars, son montant a été porté à 1.350 milliards en juin. Un plan qui, d'après les calculs de la BCE, a généré "l'équivalent de 1,3 point de croissance" et "sauvé un million d'emplois dans la zone euro", a précisé Mme Lagarde. Tout en maintenant les taux auxquels empruntent les ménages et les entreprises à un niveau très bas, soit "autour de 1,4%-1,5%".

Autre avancée majeure par rapport à la crise de 2008, les banques centrales ne sont plus "seules à la manoeuvre": "le soutien budgétaire" (c'est-à-dire le plan de relance européen) marche désormais "main dans la main avec le soutien monétaire".

En espérant, selon la grande argentière, que cette crise permettra d'avancer sur la mise en place d'un "outil budgétaire commun propre à la zone euro".