La dette publique du Royaume-Uni a dépassé cet été le seuil jamais atteint auparavant des 2.000 milliards de livres, soit 102% du PIB.

Et sur l'exercice fiscal en cours, l'organisme public OBR projette un déficit public de 372,2 milliards de livres (407,6 mds EUR), sept fois plus que l'année précédente.

Inévitables hausses d'impôts

Pour redresser la barre, la plupart des économistes estiment, à l'instar d'Arun Advani, professeur à l'université de Warwick, que des hausses d'impôts sont "inévitables".

Selon lui, il serait contre-productif de rehausser les contributions sociales qui s'appliquent seulement aux emplois salariés et risquent de fragiliser l'emploi à l'heure où les postes sont supprimés par milliers, et où l'économie britannique tente de se relever d'une récession courte mais brutale.

Le produit intérieur brut s'est contracté de 19,8% au deuxième trimestre - un record -, après 2,5% au premier, à cause du confinement pour lutter contre le virus, d'après les chiffres officiels publiés mercredi.

Interrogé par l'AFP, M. Advani suggère de taxer l'épargne ou l'investissement, "généralement sous-imposés".

D'après Josie Dent, du CEBR (Centre for Economic and Business Research), vu la difficulté d'alourdir le fardeau de bas revenus confrontés à de possibles pertes d'emplois dans la foulée de la crise sanitaire, il faudra tabler sur une taxation plus forte pour les ménages aisés.

Reste la TVA, "la manière la plus facile et rapide de lever beaucoup d'argent", souligne M. Advani. Le Chancelier pourrait notamment opter pour une TVA relevée partout sauf dans quelques secteurs particulièrement fragiles, comme la restauration ou l'hôtellerie.

L'autre voie classique pour redresser un budget, ce sont les coupes budgétaires, mais le Royaume-Uni est encore traumatisé par l'austérité qui a suivi la crise financière de 2008, et son impact social catastrophique. Lors de la dernière crise, "il était déjà difficile de voir où couper, cette fois c'est pratiquement impossible", estime M. Advani.

Erosion de la dette

En particulier, le système médical britannique public NHS, qui fait l'objet d'un sous-financement chronique depuis dix ans, a été mis sous forte pression avec la crise du Covid-19, sans parler des maisons de retraites.

Quant aux privatisations, les précédents gouvernements conservateurs depuis l'ère Thatcher y ont eu largement recours et l'heure est plutôt à la renationalisation de certains actifs, comme l'exploitation des lignes ferroviaires désertées depuis la pandémie.

Dans un éditorial, le quotidien Daily Telegraph évoquait l'option du défaut sur la dette pour la restructurer, tout en l'éclipsant rapidement: "le Royaume-Uni n'a jamais fait cela auparavant, et à l'heure de quitter l'Europe et ayant besoin du soutien des investisseurs internationaux, ce n'est pas le moment de commencer".

Reste l'inflation, qui, en faisant gonfler les revenus, finit au fil des années par réduire le poids relatif d'une dette. Le fait est que l'inflation est historiquement à des niveaux très bas (0,2% en août), très loin de la cible de 2%.

Urgent d'attendre

Pour la plupart des économistes, il est surtout urgent d'attendre.

L'incertitude liée à la pandémie de Covid-19 et celle sur la future relation post-Brexit "rendent extraordinairement difficile pour le Chancelier de formuler des plans budgétaires", estime l'Institute for Fiscal Studies (IFS).

La semaine dernière, Rishi Sunak s'est contenté de faire passer le message que le gouvernement ne pourrait pas continuer à garder l'économie britannique sous perfusion, et que "tous les emplois ne (pourraient) être sauvés".

Pour remplacer le dispositif de chômage partiel en place depuis mars et qui a déjà coûté plus de 39 milliards de livres, il a annoncé un nouveau système bien moins généreux: un complément de salaire pour les emplois placés en temps partiel à cause d'une chute de la demande.

Le calendrier du redressement des comptes publics "dépendra de la pandémie. Si on a un hiver moins dur que le printemps, alors le mois de mars pourrait être le bon moment pour donner un plan. Mais si l'hiver est aussi dévastateur que le printemps, avec tout le monde en confinement, il sera beaucoup plus difficile de penser à relever les impôts", explique M. Advani.

Pour Josie Dent, le gouvernement devra agir très lentement, probablement au cours "d'une décennie, pour ne pas heurter la reprise".