Donald Trump et l'ambassadeur du Japon aux États-Unis, Shinsuke Sugiyama, ont signé lundi un accord commercial essentiellement centré sur l'agriculture, donnant une rare occasion au président américain, assailli de toute part, d'annoncer une bonne nouvelle.

Entouré de représentants du monde agricole, le président américain Donald Trump n'a pas lésiné sur l'hyperbole en clamant "une immense victoire pour les fermiers, éleveurs et agriculteurs américains qui pourront dorénavant bénéficier d'une concurrence loyale au Japon, face à des rivaux majeurs au niveau mondial", et d'ajouter: "et c'est très important pour moi". Le milliardaire, qui brigue un second mandat, a mis nombre d'agriculteurs, qui ont pourtant voté pour lui en masse, en grande difficulté. La guerre commerciale contre la Chine s'est avérée une catastrophe pour le monde agricole américain, frappé par des représailles, et pour calmer sa colère, l'administration Trump a promis 28 milliards de dollars d'aide d'urgence.

Selon les termes de l'accord, qui avait été annoncé dès le 25 septembre lors d'une rencontre entre Donald Trump et le Premier ministre japonais Shinzo Abe, le Japon va diminuer les tarifs douaniers à hauteur de 7 milliards de dollars pour les biens agricoles américains, incluant le bœuf et le porc mais aussi les amandes ou le brocoli, tout en réduisant les marges sur les achats de blé et d'orge.

En retour, Washington a consenti à baisser les droits de douanes sur les biens agricoles japonais tels que le thé vert et la sauce soja à hauteur de 40 millions et de diminuer les tarifs douaniers sur le bœuf, ce qui va permettre au Japon de gagner des parts de marché sur le marché américain.

Droits de douane fortement diminués ou supprimés sur le bœuf et le porc

"En 2018, les États-Unis ont exporté pour 2,1 milliards de dollars de bœuf et de produits bovins au Japon, qui est le plus grand marché d'exportation des États-Unis pour le bœuf, en termes de valeur. En vertu de cet accord, les États-Unis obtiendront des conditions d'accès au marché égales à celles des pays du CP-TPP (Australie, Nouvelle-Zélande et Canada, NdlR), les droits de douane sur le bœuf frais, réfrigéré et congelé passant de 38,5 % à 9 % en 15 ans. En outre, le Japon éliminera d'ici 5 à 15 ans les droits de douane sur les produits transformés à base de viande bovine, y compris le bœuf séché et les extraits de viande, qui peuvent atteindre 50%", peut-on lire sur le site Internet de l'administration américaine au Commerce (USTR).

Le schéma est identique pour le porc. "Les droits de douane sur les coupes musculaires seront éliminés sur une période de neuf ans et ceux sur les produits de porc transformés, comme le droit de 20% sur le porc haché assaisonné, seront progressivement réduits à zéro au cours de la cinquième année", précise l'USTR.

"En vertu de cet accord, plus de 80% des exportations américaines de produits laitiers vers le Japon bénéficieront d'un traitement tarifaire préférentiel. Le fromage est de loin la plus importante catégorie de produits laitiers américains importés au Japon. Les droits de douane japonais sur le fromage, qui atteignent jusqu'à 40%, seront éliminés d'ici 15 ans. Le Japon éliminera immédiatement ses droits de douane de 8,5% sur le lactose et le sirop de lactose et de 2,9% sur l'albumine du lait", indique l'administration américaine.

Volet numérique

Un deuxième volet du texte signé lundi concerne le secteur numérique. Les deux parties vont interdire l'application des droits de douane aux produits numériques distribués par voie électronique, tels que les livres électroniques, les vidéos, la musique, les logiciels et les jeux et elles assureront "un traitement non discriminatoire des produits numériques, y compris la couverture des mesures fiscales". Le Japon et les Etats-Unis s'engagent encore à "faciliter les transactions numériques en permettant l'utilisation de l'authentification électronique et des signatures électroniques, tout en protégeant les renseignements confidentiels des consommateurs et des entreprises et en garantissant l'application sur le marché numérique de mesures de protection des consommateurs applicables".

Donald Trump lui-même avait reconnu en septembre que l'accord conclu lundi était limité, en évoquant une "première étape d'un formidable nouvel accord commercial".

Statu quo pour les taxes sur les voitures

Le plus important pour les Japonais concerne le délicat dossier du secteur automobile. Donald Trump a menacé d'imposer des droits de douane de 25% sur les voitures japonaises, ce qui fragiliserait l'économie de la troisième puissance économique du monde. Cependant, Shinzo Abe avait indiqué, peu après l'annonce de l'accord à New York, que Donald Trump et lui-même s'étaient mis d'accord pour prolonger la suspension de l'imposition de tarifs douaniers.