Il n'était pas favori, il inquiète les ONG de défense de l'environnement, mais l'Australien Mathias Cormann va devenir le nouveau secrétaire général de l'OCDE, qui entend peser dans une région Asie-Pacifique dominée par la Chine.

L'ancien ministre des Finances australien, 50 ans, a été élu vendredi "à une courte majorité" par les ambassadeurs des 37 Etats membres de l'OCDE, s'imposant face à la Suédoise Cécilia Malmström, ancienne commissaire européenne au Commerce, selon des sources proches interrogées par l'AFP.

"C'est une immense déception (...). C'est peu dire que nous n'avons pas confiance dans sa capacité à conduire l'OCDE pour qu'elle affronte la crise climatique", a réagi l'ONG Greenpeace sur Twitter.

Le vote doit être validé formellement mardi par le Conseil, l'organe directeur de l'Organisation de coopération et de développement économiques. Le nouveau secrétaire général, qui succédera au Mexicain Angel Gurria, qui a enchainé trois mandats de 5 ans, prendra ses fonctions le 1er juin.

La lutte contre le changement climatique, en particulier au moyen de la fiscalité, sera au coeur de son mandat à la tête de ce "club des riches" - les membres de l'OCDE pèsent 60% du PIB mondial - qui s'est ouvert ces dernières années sur l'Amérique latine mais ne compte encore que quatre pays d'Asie et Océanie : la Corée, le Japon, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

Fondée en 1948 pour administrer le plan Marshall pour la reconstruction de l'Europe, financé par les États-Unis, l'OCDE a réussi sous le mandat d'Angel Gurria à faire reculer les paradis fiscaux et le secret bancaire, et conduit actuellement de vastes négociations pour réformer la fiscalité des multinationales.

Dix candidats étaient sur la ligne de départ il y a six mois, dont deux anciennes commissaires européennes et un proche de l'ancien président Donald Trump, qui a jeté l'éponge après la défaite de ce dernier.

Mathias Cormann partait pourtant avec un lourd handicap : un bilan jugé peu flatteur sur l'environnement.

Sans attendre l'élection, plusieurs ONG de protection de l'environnement avaient exprimé leur "grande préoccupation" quant à l'éventualité d'une nomination de l'Australien.

- Des "gages" sur l'environnement -

"Si je devais être choisi comme prochain Secrétaire général, je m'engagerais à mener (...) une action ambitieuse et efficace sur le changement climatique et à aider les pays du monde entier à parvenir à la neutralité carbone d'ici 2050", a-t-il déclaré en réponse à ces critiques.

"L'OCDE peut aider à identifier les meilleures pratiques, les solutions technologiques et politiques fondées sur le marché, qui maximisent les résultats en matière de réduction des émissions" tout en étant "économiquement responsables", a ajouté ce fervent défenseur des bienfaits du libre-échange né en Belgique.

Mais les ONG ont rappelé qu'il avait estimé l'an passé que l'objectif de neutralité carbone était "téméraire et irresponsable" et qu'il avait approuvé, en tant que ministre des Finances, un projet gazier de nature à fortement augmenter les émissions annuelles de gaz à effet de serre de l'Australie.

Toutefois, soutenu notamment par les Etats-Unis, il a su "donner des gages en matière environnementale", a indiqué à l'AFP une source haut placée dans l'organisation.

"De toute façon il n'a pas le choix, car l'OCDE doit se positionner sur le changement climatique".

Le choix de Mathias Corman s'explique aussi "par le fait que l'OCDE a besoin d'être projetée dans l'espace Pacifique qui est la région la plus dynamique du monde avec les problématiques géopolitiques les plus structurantes". Et où la Chine pèse d'un poids écrasant.

La politique volontariste de l'Australie face aux mastodontes techologiques américains, au moment où l'OCDE tente d'accoucher d'une réforme de la fiscalité du secteur numérique, aurait aussi pesé en faveur de l'élection de son candidat.

Lequel a également, de même source, bénéficié d'un manque de consensus, y compris entre Européens, autour de la candidature de Cécilia Malmström.