La crise du Covid-19 a provoqué une contraction du PIB de 3,5% par rapport à 2019, selon l'estimation préliminaire du département du Commerce publiée ce jeudi. C'est plus que ce qu'attendait la Banque centrale américaine (Fed), qui tablait sur une contraction de 2,5%, comme en 2009, lors de la Grande récession qui avait suivi la crise financière.

La croissance aux Etats-Unis a été très pénalisée par la reprise du virus à partir de l'automne, après un rebond estival. Les Etats ont dû prendre de nouvelles mesures de restrictions entravant l'activité.

"La contraction du PIB en 2020 a reflété le recul (des dépenses de consommation), des exportations, des investissements (privés et publics), qui a été en partie contrebalancé par les dépenses du gouvernement fédéral" notamment, détaille le département du Commerce, précisant que les importations ont diminué.

Baisse de la consommation des ménages

Les dépenses de consommation des ménages, qui représentent près des trois quarts de l'économie américaine, ont en effet chuté de 3,9% par rapport à l'année précédente.

Paradoxalement, ces chiffres montrent "la plus forte hausse du revenu personnel disponible depuis 1984 (+6%)", relève dans un tweet l'économiste Jason Furman, professeur à Harvard et ancien membre du comité économique de la Maison Blanche sous Barack Obama.

Le gigantesque plan de relance de 2.200 milliards de dollars adopté en mars a en effet permis aux Américains de garnir leurs porte-monnaies au début de la crise. Mais l'expiration des mesures d'aides les a contraints à utiliser cette épargne pour les dépenses de première nécessité.

Les inégalités, déjà fortes dans le pays, se sont accentuées ces derniers mois. Le nouveau président Joe Biden et sa secrétaire au Trésor Janet Yellen ont promis de s'y attaquer, et d'en faire une priorité.

Après dix années de croissance, la première économie du monde s'est donc de nouveau enfoncée dans la récession, et il faut remonter à 1946 pour trouver une contraction du PIB plus forte que celle de 2020. La démobilisation après la Seconde guerre mondiale avait brusquement mis fin à la construction de matériel militaire sur le sol américain.

En 2019, la croissance avait été de 2,1%, un rythme déjà ralenti par rapport aux 2,9% de 2018. Cette bonne santé économique était un des arguments de campagne de l'ancien président Donald Trump pour sa réélection.

"Mini boom" économique estival

Les dommages provoqués par le Covid-19 sur le marché du travail restent extrêmement importants: 18,3 millions de personnes touchaient une allocation chômage début janvier, soit 2,3 millions de plus que la semaine précédente. Le nombre total de bénéficiaires d'une allocation a fortement augmenté grâce à la prolongation des aides décidée par le Congrès, selon les données publiées jeudi par le département du Travail.

Le président de la Fed Jerome Powell a même prévenu mercredi que le véritable taux de chômage tourne autour de 10%, loin des 6,7% officiels. Des milliers de petites entreprises ont fait faillite, tandis que celles qui subsistent sont confrontées à des problèmes de trésorerie.

Mais après un hiver qui s'annonce encore rude, le printemps et l'été devraient être radieux, lorsqu'une large partie de la population aura pu être vaccinée, et que l'activité économique pourra doucement reprendre.

Les économistes attendent un mini boom, et, pour 2021, le FMI table sur 5,1% de croissance, soit le plus haut niveau depuis 1984. Joe Biden a présenté un plan de sauvetage de 1.900 milliards de dollars qui, s'il est adopté par le Congrès, pourrait apporter 5% de croissance supplémentaire sur trois ans. La Fed table, elle, sur une croissance de 4,2% en 2021 et de 3,2% en 2022.

+4% au quatrième trimestre

Sur le seul quatrième trimestre de 2020, le PIB reste en croissance, mais à un rythme ralenti par rapport au trimestre précédent, à 4% en rythme annualisé, qui est la mesure utilisée par les Etats-Unis et compare au trimestre précédent puis projette l'évolution sur l'année entière à ce rythme.

En prenant le mode de calcul utilisé par les autres grandes économies, comme la France, qui comparent un trimestre sur l'autre corrigé des jours ouvrés, la croissance est de 1%.