L'économiste Philippe Defeyt, de l'Institut pour un développement durable (IDD), dénonce jeudi les chiffres "fantaisistes" de l'Enquête sur les forces de travail au lendemain de la publication de statistiques de cette dernière suggérant une hausse de 2 points de pourcentage en un an du taux d'emploi en Belgique.

Mercredi, la ministre fédérale sortante des Affaire sociales, Maggie De Block, annonçait, sur base de données de l'ONSS, que depuis le début du gouvernement Michel, plus de 210.000 jobs supplémentaires avaient été créés en Belgique. 

Toujours selon l'ONSS, 43.661 postes supplémentaires ont été pourvus au deuxième trimestre 2019 par rapport à l'année précédente. 

La ministre, qui attribuait en partie ces créations d'emplois aux baisses de charge décidées par le gouvernement fédéral, se réjouissait en outre que notre pays n'ait "jamais compté autant de Belges actifs". 

L'Enquête sur les forces de travail pour le deuxième trimestre 2019, publiée mercredi par Statbel, annonçait en effet que le taux d'emploi des 20 à 64 ans avait grimpé de deux points de base en un an, pour atteindre 71%, un record. 

Pour Philippe Defeyt, ancien co-président d'Ecolo, ces derniers chiffres de l'Enquête sur les forces de travail, qui se basent sur un sondage réalisé auprès d'un échantillon représentatif de 31.000 répondants, ne tiennent pas la route. "Depuis cinq ans, on a eu en moyenne plus ou moins 60.000 créations d'emplois par an en Belgique et là, tout à coup, en un an, on en aurait créé 141.000. Il faut rester sérieux...", dénonce l'économiste, qui se demande pourquoi l'on persiste à réaliser ces enquêtes alors que les chiffres des créations d'emplois sont par ailleurs disponibles auprès d'administrations comme l'ONSS, l'Inasti... "On ne peut pas baser nos politiques sur des données qui ne sont pas faibles", juge M. Defeyt. 

Un croissance du taux d'emploi de 2 points de pourcentage et la création de 141.000 emplois en un an (entre les deuxièmes trimestres 2018 et 2019) sont d'autant moins réalistes que la conjoncture économique s'est considérablement essoufflée ces derniers mois, relève-t-il encore. 

D'après les estimations de Philippe Defeyt, la hausse du taux d'emploi sur un an serait plutôt de l'ordre de 0,7%, soit près de trois fois moins donc que les chiffres publiés mercredi par Statbel. 

Ce qui est paradoxal, c'est que selon les estimations de l'IDD, le taux d'emploi en Belgique est en réalité plus élevé que ce qu'estime l'Enquête sur les forces de travail. Il serait ainsi passé de 70,9% en 2018 à 71,6% au deuxième trimestre 2019.