Conjoncture Rome doit s’expliquer pour ce lundi midi sur son budget expansionniste.

Le gouvernement italien a promis d’expliquer son budget 2019 vivement critiqué par la Commission européenne, tout en répétant son engagement de maintenir le pays dans la zone euro.

Le gouvernement Conte prévoit un déficit de 2,4 % du PIB en 2019 (contre 0,8 % pour son prédécesseur), puis de 2,1 % en 2020 (contre 0 % pour son prédécesseur). Or, l’Italie ploie déjà sous une dette de 2 300 milliards d’euros, qui représente quelque 131 % de son PIB, le deuxième ratio le plus élevé dans la zone euro. En outre, le taux de croissance de 1,5 % retenu par le gouvernement italien est jugé beaucoup trop optimiste, alors que la plupart des observateurs anticipent une croissance de 1 % seulement.

Cette politique budgétaire expansionniste a suscité de vives critiques de la Commission européenne, qui a fait état d’un dérapage budgétaire "sans précédent". En conséquence, l’Europe pourrait rejeter le budget italien, une première dans l’histoire. Des "clarifications" sont d’ailleurs attendues avant lundi midi.

Rome maintient le cap

"Le climat que nous avons en Europe est un climat de dialogue et de disponibilité et nous avons répété que nous étions confortablement installés en Europe", a répondu le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte (photo, au centre). "Nous sommes convaincus de ne pas avoir gonflé nos chiffres", a-t-il ajouté.

"Nous allons expliquer", a renchéri son vice-Premier ministre, Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème), tout en martelant : "Il n’y a aucune volonté de quitter la zone euro et la monnaie européenne".

Les inquiétudes face au budget italien ont cependant poussé l’agence de notation Moody’s à abaisser la note de l’Italie d’un cran, pour la faire passer de "Baa2" à "Baa3", le dernier niveau avant la catégorie "junk bond" (obligation pourrie). Moody’s a assorti sa note d’une perspective stable, signifiant qu’elle ne devrait pas dégrader cette nouvelle notation dans les six mois à venir. Une décision qui ne manquera pas d’être interprétée avec un certain soulagement par Rome et qui devrait éviter une flambée des marchés.

Le budget italien a eu tendance à faire grimper le taux d’emprunt de l’Italie à dix ans, qui a brièvement atteint 3,80 %, avant de redescendre à 3,48 %. Le spread, l’écart avec le taux allemand, s’est également accru. Le taux allemand à dix ans n’est que de 0,46 %.

Matteo Salvini, le ministre italien de l’Intérieur, avait dans un premier temps assuré que le gouvernement ne comptait pas se "laisser intimider par les agences de notation qui ont fait dans le passé des erreurs de jugement éclatantes et qui se trompent encore cette fois-ci".

La publication de Moody’s n’avait pas été annoncée, l’agence ayant seulement indiqué qu’elle se prononcerait avant le 31 octobre. Mais, a souligné Erik Nielsen, chef économiste à la banque italienne UniCredit, "les agences détestent être vues comme suivant les autres". Moody’s a donc décidé de griller la politesse à sa rivale Standard&Poor’s, qui avait annoncé sa publication pour le 26 octobre.

Les banques, qui détiennent près de 400 milliards d’euros de dette italienne, ont été les premières victimes, le secteur perdant près de 35 % en Bourse.