Grosse journée pour Thomas Dermine, secrétaire d’État à la Relance (PS). Ce mercredi midi, il a présenté la première version du plan de relance de la Belgique aux instances de la Commission européenne, avant de se rendre au Parlement fédéral pour faire le point avec les députés de la commission de l’Économie. Selon l’expression consacrée, la réunion avec les autorités européennes fut “constructive”.

“On nous a fait comprendre que les orientations étaient bonnes”, explique Thomas Dermine. Les orientations, elles, sont connues : 37 % de l’effort d’investissement seront consacrés à la transition environnementale, tandis que 20 % le seront à la transition digitale – la numérisation de l’économie, en somme.

Le solde sera surtout misé sur la formation et l’inclusion sociale, “parce que l’emploi est naturellement une des finalités importantes d’un plan de relance, au-delà de l’impact macroéconomique qu’il peut avoir sur notre croissance économique”, poursuit le secrétaire d’État.

En commission de l’Économie, il a aussi rappelé que l’objectif de ce plan – qui sera évalué par le Bureau du Plan et la Banque nationale de Belgique (BNB) – était de porter le taux d’investissement public à 3,5 % (d’ici à 2030, NdlR).

Le préfinancement pas mis en péril

De la rencontre avec les instances européennes, il ressort également une mise sous pression de la Belgique. “L’Europe nous a rappelé le timing, en insistant sur son importance”, reconnaît Thomas Dermine. C’est vrai que le temps presse. Un draft plus élaboré, contenant les projets précis – il y en a 300 à ce stade – est attendu par l’Europe pour la fin janvier. “Mais ce sera sans doute dans trois ou quatre semaines”, estime le secrétaire d’État.

Quelques pays européens discutent déjà de projets précis avec l’Europe. Malgré ce relatif retard, le préfinancement auquel aurait droit la Belgique, si elle rentre son projet final pour la fin avril (avalisé dans le mois par l’Europe), n’est pour l’instant pas mis en péril. Près de 13 % des fonds, soit 550 millions d’euros actuellement, sont en jeu. Ce qui n’est pas anodin. Par ailleurs, si le secrétaire d’État ne confirme pas l’information selon laquelle un Comité de concertation aurait acté le non-recours aux prêts européens, il a tout de même précisé que cette possibilité de recourir aux prêts “à bas taux” de l’Europe n’était pas très prisée actuellement. Pour la Belgique, cela représente une manne potentielle de crédits de 8 milliards d’euros. Et pour cause, les taux d’intérêt sont tellement modestes que chaque pays membre préfère lui-même faire appel au marché plutôt que de passer par l’Europe.

Place ensuite au débat en commission des Finances sur ce que Maxime Prévot, président du CDH, a appelé “un projet figurant probablement dans le top 3 des chantiers les plus importants de cette législature”. Son intervention, remarquée, a permis de faire ressortir quelques points importants de ce plan de relance.

D’abord, il a été décidé – cela tombe sous le sens, mais c’est mieux quand c’est écrit – que la ventilation des efforts budgétaires par axe serait valable pour l’ensemble du plan, et non par entité (Région, fédéral). En d’autres termes, le critère de 37 % pour la transition environnementale s’apprécierait globalement, et non pour chaque “plan” régional. À cet égard, la remise définitive des projets régionaux est une question de jours, a précisé le secrétaire d’État. Lequel a aussi rappelé que “l’appel à projets avait duré 15 jours environ. Les projets sont très vite arrivés, et sont surtout des exercices de prospection régionaux, comme Get Up Wallonia pour la Région wallonne. Sur le plan fédéral, c’est l’accord gouvernemental qui a servi de source d’inspiration.”

Projets précis : liste pas encore arrêtée

Restent deux points importants : d’abord, il n’y a pas encore de répartition finale. De prime abord, les fonds alloués par l’Europe pour la relance (5,9 milliards) iront pour 21 % au fédéral, pour 25 % à la Région wallonne, pour 38,1 % à la Région flamande, pour 8,4 % à la Fédération Wallonie-Bruxelles et pour 6,7 % à la Région bruxelloise. Mais comme il y a des transferts (une partie du fédéral aux Régions, une partie de la FWB à Bruxelles, etc.), l’allocation définitive sera un peu différente. “Mais il faudra attendre de sceller le sort des projets précis pour savoir qui va recevoir quoi”, ajoute Thomas Dermine, qui ajoute que “forcément, de par son statut de capitale européenne, et de centre stratégique, Bruxelles sera survalorisée par rapport à sa population dans la répartition finale”. La liste des projets, elle, s’affine, “après l’habituelle inflation des budgets proposés par les uns et les autres au départ”, a conclu malicieusement le secrétaire d’État.

François Mathieu