Phil Hogan, 60 ans, détenait l'un des postes-clés à la Commission européenne, en une période délicate où se négocie l'accord post-Brexit avec le Royaume-Uni et où les relations commerciales entre l'UE et les Etats-Unis ainsi que la Chine se sont crispées.

Il a présenté mercredi sa démission à la présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen, qui l'a acceptée. Elle a demandé à Dublin de "présenter des candidats appropriés", "une femme et un homme", pour le remplacer.

"A ce stade, notre objectif partagé sera qu'une personne de très, très gros calibre soit nommée par le gouvernement irlandais", a déclaré le Premier ministre Micheal Martin sur la chaine publique de télévision RTE, précisant qu'il réunirait ses partenaires au sein de la coalition pour en discuter.

Chaises musicales ?

L'intérim sera assuré par le Letton Valdis Dombrovskis, un des vice-présidents de la Commission, avant une décision sur "la répartition finale des portefeuilles au sein du collège des commissaires", a souligné Mme von der Leyen.

Un jeu de chaises musicales n'est en effet pas exclu : rien ne dit que l'Irlande parviendra à garder le prestigieux poste de commissaire au Commerce, qu'elle perçoit comme stratégique pour défendre ses intérêts dans le Brexit, pour lequel elle est en première ligne.

La démission, relativement rare, d'un commissaire est toujours une affaire délicate car elle affecte l'ensemble de l'équilibre géographique et politique sur lequel repose la Commission, dans laquelle chaque pays dispose d'un poste.

L'équipe de 26 personnes présidée par la conservatrice von der Leyen est le fruit d'un savant dosage entre les principales familles politiques de l'UE, en fonction de leurs résultats aux élections européennes de mai 2019.

Ursula von der Leyen entend "rapidement" reformer l'exécutif européen et "se réserve le droit de choisir quel portefeuille sera attribué à quel commissaire", a confirmé à la presse une porte-parole de la Commission, Dana Spinant.

Candidats potentiels

L'Irlande ne manque pas de candidats potentiels pour succéder au responsable du commerce de l'UE, un poids lourd de la politique surnommé "Big Phil", dont les excuses et proclamations de bonne foi n'ont pas réussi à faire retomber le scandale provoqué par son séjour en Irlande.

Se prévalant d'un test du Covid-19 négatif, il ne s'est en effet pas soumis à la quarantaine de deux semaines après son arrivée de Belgique et a participé à un dîner de gala avec plus de 80 invités le 19 août, au lendemain d'un durcissement des limitations imposées aux rassemblements en raison d'un rebond de l'épidémie.

Sont cités comme possibles remplaçants dans la presse irlandaise le vice-Premier ministre et ancien chef du gouvernement Leo Varadkar, le ministre des Affaires étrangères Simon Coveney et celui des Finances Paschal Donohoe, élu en juillet à la tête de l'Eurogroupe.

Ces acteurs de premier plan de la politique irlandaise ont toutefois l'inconvénient de détenir des positions-clés dans le nouveau gouvernement de coalition formé fin juin dans la douleur et déjà confronté à des démissions liées à ce scandale, dont celle du ministre de l'Agriculture Dara Calleary.

Mairead McGuinness, un des vice-présidents du Parlement européen, et la députée européenne Frances Fitzgerald, mentionnées par RTE, auraient l'avantage de ne pas déstabiliser la coalition en place. Le nom de l'ancien Premier ministre Enda Kenny est également avancé, de même que celui de David O'Sullivan, un ancien haut-fonctionnaire de la Commission.

La question du remplacement de M. Hogan s'était déjà posée quand il avait songé à briguer le poste de directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en juin, avant d'y renoncer.