Lors de sa réunion de politique monétaire, l'institution de Francfort, qui a déjà dégainé un programme d'urgence de 1.350 milliards d'euros à travers le rachat de dette publique et privée, aura en main un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques courant jusqu'en 2022, soit une évaluation très attendue de l'ampleur de la crise et un indicateur du niveau de relance dont l'économie a encore besoin.

Mais sa tâche se retrouve compliquée par "un, ou plutôt trois casse-têtes", souligne William De Vijlder, économiste chez BNP Paribas.

En premier lieu, la pandémie continue à se diffuser dans le monde et même en Europe, où le pire semblait passé, entraînant des restrictions sur les déplacements et rassemblements qui continuent de peser sur l'activité économique.

Ensuite, la production en zone euro reste bien inférieure à ses niveaux d'avant-crise, malgré un rebond de la consommation.

L'inflation végète elle à un niveau très inférieur à ce que souhaite la BCE: elle est même passée en territoire négatif en août, avec -0,2%.

Cette tendance pourrait se prolonger si l'euro, qui a gagné 10% face au dollar depuis la mi-mai, continue de s'apprécier. Car un euro fort rend les importations moins chères, tout en nuisant aux exportations.

Selon les économistes, la BCE n'aura d'autre choix que de suivre l'exemple de la Fed en assouplissant la définition de son objectif d'inflation. En janvier, elle avait annoncé un chantier en ce sens, mis en sommeil depuis, pandémie oblige.

Pour l'heure, la BCE voit l'inflation remonter à 1,3% en 2022. Concernant le PIB de la zone euro, elle prévoit pour le moment une dégringolade de 8,7% cette année.

Sauf grande surprise, l'institut monétaire devrait à la fois maintenir ses taux directeurs à leur plancher historique et confirmer la poursuite de ses rachats massifs de dette, le tout pour maintenir de bonnes conditions de financement pour les ménages comme les entreprises.