La Banque centrale européenne a confirmé jeudi son arsenal de soutiens monétaires face un horizon économique encore assombri par la pandémie, jugeant prématuré tout débat sur la fin des achats massifs de dette, sa principale arme anti-crise.

L'heure de la fin d'une politique d'argent généreuse n'est pas encore venue, a indiqué la présidente de la BCE, Christine Lagarde, à l'issue d'une réunion du Conseil des gouverneurs. L'amorce d'une discussion sur la sortie progressive des rachats massifs de dette lancés il y a un an contre la crise sanitaire est "prématurée" et n'a pas été évoquée lors de cette troisième rencontre de l'année.

L'enveloppe destinée à ces achats sur les marchés - forte de 1.850 milliards d'euros- est à échéance mars 2022, un horizon qui se justifie car "nous avons encore un long chemin à parcourir" avant une reprise "durable" de l'économie, a ajouté la banquière centrale.

Décidée le mois dernier en réponse aux tensions sur les taux obligataires, l'augmentation "significative" du rythme de dépense de ce programme sera maintenue au second trimestre, a affirmé la BCE dans un communiqué.

Cette intervention a déjà contribué à la détente sur le marché obligataire après la fébrilité suscitée en début d'année par les craintes d'une surchauffe de l'économie américaine. Depuis mars, le montant hebdomadaire des achats nets d'actifs dans le cadre du programme monétaire d'urgence (PEPP) contre la pandémie a été d'environ 17 milliards d'euros en moyenne, contre 12 milliards en janvier et février.

Pandémie persistante

La BCE juge que les perspectives économiques à court terme en zone euro restent "assombries par l'incertitude" en raison de l'épidémie toujours virulente de coronavirus."La persistance de taux élevés d'infection et les mesures de confinement qui en découlent continuent de peser sur l'activité économique à court terme", a souligné Mme Lagarde.

L'institut, qui dévoilera lors de sa prochaine réunion de juin un nouveau jeu de prévisions à l'horizon 2023, continue néanmoins de miser sur "un rebond ferme de l'activité" dans le courant de l'année grâce au progrès des campagnes de vaccination.

Les analystes qui s'attendaient à des indices sur un possible freinage des rachats de dette dans le courant de l'année sont restés sur leur faim. La prochaine réunion avant l'été sera "à coup sûr (...) beaucoup plus excitante", anticipe Carsten Brzeski, de la banque ING, notant que Mme Lagarde a évité de dévoiler son jeu au-delà du trimestre en cours.

Pour le moment, la priorité de la BCE est de préserver des conditions favorables de crédits aux ménages et aux entreprises. A cet égard, les taux d'intérêt ont été maintenus jeudi à leur plus bas historique.

Ainsi une partie des liquidités déposées auprès de la BCE au lieu d'être distribuées via des crédits vont rester taxées à -0,5 %, comme depuis septembre 2019. Les banques payent donc pour leurs réserves excédentaires déposées auprès de l'institution.

Troisième vague

Avant de songer à durcir sa stratégie monétaire, la BCE voudra s'assurer qu'un niveau d'inflation proche de 2 %, son principal objectif, soit atteint de manière durable, ce qui n'est pas encore le cas.

L'institut a répété jeudi s'attendre à une augmentation modérée de l'inflation sous-jacente (hors prix de l'énergie et autres éléments volatils) cette année et à une augmentation progressive de l'indice global à moyen terme. Des prix plus élevés de manière durable forcent d'ordinaire les banques centrales à resserrer les conditions de crédits.

Il n'en est pas question à ce stade pour la BCE. Au contraire, la "pression va augmenter" encore sur l'institution pour qu'elle "prolonge sa politique monétaire expansionniste" car le relais budgétaire des gouvernements européens "n'agit pas suffisamment pour accélérer la transformation économique", juge Marcel Fratzscher, président de l'institut berlinois DIW.

Sans surprise, Mme Lagarde a réitéré jeudi son appel à la mise en oeuvre urgente et "sans délai" du plan de relance européen, jugé primordial pour la reprise. Les 27 Etats membres sont engagés dans une laborieuse phase de ratifications nationales.

Ce programme d'aides et prêts doté de 750 milliards d'euros doit contribuer "à une croissance plus rapide, plus forte et plus durable", a-t-elle rappelé.

Pas de débat sur les rachats de dette

La Banque centrale européenne juge "prématuré" de débattre de la fin progressive du programme monétaire d'urgence (PEPP) contre la pandémie alors que l'économie européenne est encore affectée par les conséquences de la crise sanitaire, a déclaré jeudi sa présidente Christine Lagarde. "Nous n'avons pas discuté d'une fin progressive du PEPP car c'est prématuré", a insisté Mme Lagarde à l'issue d'une réunion du Conseil des gouverneurs.

Cette enveloppe de 1.850 milliards d'euros destinée à des achats massifs de dette pour soutenir l'économie est prévue jusqu'en mars 2022 mais "nous avons encore un long chemin à parcourir" avant une reprise "durable" de l'économie, a-telle ajouté.

Ces liquidités permettent notamment aux États d'emprunter à bas coût pour stimuler l'investissement et l'emploi fragilisés par la pandémie de Covid-19.

La BCE a décidé jeudi de maintenir au deuxième trimestre le rythme de ses achats, qu'elle a accru en mars afin de calmer la nervosité des marchés face une hausse des taux obligataires en début d'année. Alors que les programmes de vaccination progressent en Europe, laissant espérer un rebond de l'économie, les investisseurs scrutent les indices qui pourraient indiquer que la BCE entend resserrer la vis de sa politique monétaire accommodante.

Durant sa conférence de presse, la présidente de la BCE n'a pas donné le moindre signe d'un changement de cap. Les perspectives économiques à court terme "restent assombries par l'incertitude" dans la zone euro en raison de la persistance de la pandémie de coronavirus, a estimé la BCE. L'institution de Francfort continue néanmoins de miser sur "un rebond ferme de l'activité" dans le courant de l'année grâce aux progrès de la vaccination.

Pour soutenir la reprise, la présidente de la BCE a insisté jeudi sur "l'urgence" à mettre en œuvre le plan de relance européen, appelant les États à ratifier "rapidement" cette initiative. "Il est urgent que (le plan) devienne opérationnel sans délai", a déclaré Mme Lagarde. Les Vingt-sept sont engagés dans un laborieux processus de ratification dont dépend le versement des fonds aux États européens.