Pour soutenir les Etats, banques et entreprises, la BCE a confirmé à l'issue de la réunion de son instance dirigeante qu'elle continuera d'appliquer son "programme d'urgence" de rachats de dette sur les marchés (PEPP), tant que les effets de la pandémie persistent.

Ce programme de soutien à l'économie pesant au total 1.350 milliards d'euros doit s'étaler jusqu'en juin 2021.

De même, les taux d'intérêt de la BCE ont été maintenus à leur niveau historiquement bas: zéro pour les refinancements bancaires et à -0,50% sur une fraction de leurs dépôts dormant à la banque centrale au lieu de circuler dans l'économie.

Mais lors de cette dernière réunion avant la pause estivale, le conseil des gouverneurs de la BCE avait surtout en tête le sommet des dirigeants européens prévu vendredi et samedi pour tenter de s'entendre sur un plan de relance de 750 milliards d'euros.

Pour Mme Lagarde, ce projet a de quoi "changer la donne" pour la zone euro, a-t-elle déclaré au Financial Times.

Le Fonds monétaire international a lui aussi invité mercredi soir les gouvernements à garder ouverts les cordons de la bourse pour aider entreprises et salariés, malgré le risque d'explosion de l'endettement.

"A ce stade de la crise le coût d'un retrait prématuré des mesures serait plus important que celui d'une poursuite du soutien là où c'est nécessaire", a dit a directrice générale Kristalina Georgieva.

Un plan européen de relance "efficace" pourrait "alléger une partie de la responsabilité pesant sur la BCE à l'égard des pays de la zone euro" en difficultés, a estimé jeudi Friedrich Heinemann, économiste de l'institut allemand ZEW.

Réticences des "frugaux" 

Mais ce plan suscite toutefois des réticences de plusieurs pays dits "frugaux" du nord de l'Europe, hostiles à l'idée de subventionner par de la dette mutualisée les Etats dans le besoin, qui se trouvent surtout au sud, notamment l'Italie.

La BCE a décidé d'agir vu la dégringolade du PIB de la zone euro attendue cette année, de 8,7%, suivie d'une remontée de 5,2% l'an prochain.

Problème: la pandémie continue à se propager dans le monde et même en Europe, où le pire semblait passé, les craintes d'une deuxième vague de contaminations grandissent.

Des mesures localisées de reconfinement ont été décidées dans plusieurs pays, comme en Espagne ou au Portugal.

Et l'Allemagne doit décider jeudi à son tour de durcir son arsenal de mesures de confinement autorisées face au risque de deuxième vague.

L'économie européenne reste en berne dans ce contexte. La production en zone euro reste bien inférieure à ses niveaux d'avant-crise, malgré un rebond de la consommation, maintenant l'inflation à un niveau très inférieur à ce que souhaite la BCE.

Son taux annuel est légèrement remonté à 0,3% en juin mais demeure loin du niveau souhaité par la BCE de près de 2%.

Conflit réglé 

Aussi, le FMI a exhorté mercredi les banques centrales à continuer dans la voie des taux planchers.

"La politique monétaire devrait rester accommodante" là "où l'inflation est inférieure aux objectifs, comme c'est le cas dans de nombreux pays durant cette crise", a-t-il dit mercredi soir.

La BCE a au moins un sujet immédiat de satisfaction: elle a réussi à mettre un terme, provisoire au moins, à un contentieux avec la justice allemande et à dégager l'horizon pour de futurs soutiens à l'économie.

En mai, dans un arrêt retentissant, les juges suprêmes allemands avaient critiqué ses programmes de rachats massifs de dette et exigé que l'institut monétaire, mais aussi les autorités allemandes, justifient leur bien-fondé avant début août. Sous peine d'interdire à l'Allemagne d'y participer.

Tant la BCE, que le gouvernement et les députés allemands s'y sont attelés au cours des dernières semaines et la Cour a jugé l'affaire classée dans l'immédiat.