Son principal taux d'intérêt a été maintenu à zéro, tandis que les banques se verront appliquer toujours un prélèvement de 0,50% sur une fraction des dépôts qu'elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients.

Le statu quo monétaire acté, les marchés financiers "vont se focaliser sur la rhétorique" de la présidente de l'institution monétaire de Francfort Christine Lagarde sur l'euro lors de sa conférence de presse à partir de 12H30 GMT.

En cause notamment: le renforcement de la monnaie unique (+10% face au dollar depuis le printemps) tire de plus en plus le niveau de l'inflation vers le bas, soulignent les analystes de Unicredit.

Surveiller l'euro

L'inflation en zone euro végète à un niveau très inférieur de celui proche de 2% visé par la BCE, passant même en territoire négatif en août (-0,2%) où des facteurs temporaires ont joué, comme la baisse de la TVA en Allemagne pour soutenir la consommation et les soldes d'été.

Or la bonne santé de l'euro pèse sur cette tendance désinflationniste, en faisant baisser les prix d'achats à l'importation. Cela pourrait pénaliser à terme la reprise économique européenne en ralentissant les salaires et la consommation.

Les experts n'attendent pas d'annonce d'action jeudi à ce sujet mais la communication pourrait évoluer, estiment-ils.

Mme Lagarde pourrait ainsi signaler que la BCE surveille l'appréciation de l'euro et qu'elle l'envisage comme un risque baissier sur les prix. Une manière de préparer le terrain à de nouvelles mesures d'ici la fin de l'année.

Elle devrait en revanche renvoyer la définition d'un nouvel objectif d'inflation au résultat attendu d'un chantier stratégique lancé en janvier. Mais il vient seulement de redémarrer après sa mise en sommeil, pandémie oblige.

Pour étayer son action, Mme Lagarde aura en main un nouveau jeu de prévisions macroéconomiques courant jusqu'en 2022.

Après un recul de 12% du PIB constaté au deuxième trimestre, la reprise amorcée cet été "se déroule dans la zone des scénarios favorables, quelque part entre le choc moyen et le choc léger", estime Bruno Cavalier, économiste chez Oddo.

La BCE pourrait en conséquence améliorer légèrement sa prévision de PIB pour cette année, qu'elle attend pour le moment en recul de 8,7%.

En revanche, face au regain d'incertitude, elle "abaissera ses prévisions de croissance et d'inflation pour 2021 et 2022", anticipe Florian Hense, chez Berenberg.

Un Brexit dur, dans la liste des risques

Pour contrer la crise économique liée au Covid-19, la BCE a déjà dégainé un programme d'urgence de 1.350 milliards d'euros à travers le rachat de dette publique et privée sur le marché.

Mais la pandémie continue à se propager, y compris en Europe qui croyait avoir passé le pire. Sans que les économies soient mises sous cloche comme au printemps, les restrictions imposées sur les déplacements et les rassemblements ont des conséquences sur l'activité.

La production reste ainsi bien inférieure à ses niveaux d'avant-crise, malgré un rebond de la consommation.

Mais la BCE n'est pas pressée d'agir à nouveau car "les premiers signes de divergence sont apparus parmi les membres du directoire", suggérant qu'"il faudra plus de temps pour discuter d'une prochaine action", fait remarquer Frederik Ducrozet, chez Pictet Wealth Management.

L'institution s'est contentée jeudi de répéter qu'elle est "prête à utiliser tous ses instruments (...) de manière appropriée" pour booster l'activité et, partant, le niveau d'inflation, en optant le temps venu de relever le rythme de ses achats d'actifs et/ou baisser ses taux d'intérêt, selon M. Ducrozet.

Dans sa liste des risques du moment, Mme Lagarde pourrait rajouter le scénario d'un Brexit dur qui refait surface, les négociations entre Londres et l'UE reprenant dans un climat électrique après la volonté britannique de revenir sur certains engagements.