Le pays figure ainsi parmi les bons élèves de la classe européenne qui ont pu rentrer leur plan à la date indicative du 30 avril. Les 5,9 milliards d'euros de subventions UE auxquelles a droit la Belgique (sur les 312,5 milliards d'euros de subventions que les Vingt-sept financent via un grand emprunt commun, inédit à cette ampleur) irrigueront 85 projets d'investissement et 36 projets de réformes.

La Commission avait imposé des critères stricts, axés principalement sur le climat et le numérique, mais aussi sur la recherche, le développement et l'innovation. Elle a d'ailleurs été associée aux différentes étapes de l'élaboration du plan.

"Le plan remis par la Belgique est plus 'vert' que le minima imposé par la Commission européenne (51% par rapport à 37% imposé) ; il dédie aussi plus de moyens au numérique que le seuil minimal fixé par l'Europe (25% par rapport à 20%)", a fait valoir le gouvernement.

Plus de la moitié des montants alloués (56%) concernent des projets d'infrastructures comme la rénovation de bâtiments dont des écoles, la construction de réseaux d'énergie de nouvelle génération pour la capture du CO2 et le transport de l'hydrogène, la rénovation et la construction d'infrastructures de transport (essentiellement cyclable et ferroviaire) ou l'infrastructure numérique (5G, fibre optique).

D'autres projets de transition numérique alimenteront l'enseignement et la formation (par exemple la lutte contre la fracture numérique), la justice, la cyber-sécurité ou la sécurité sociale. Des technologies d'avenir comme la médecine nucléaire, le spatial et l'aéronautique, l'intelligence artificielle, etc., y figurent également.

Si la totalité des projets devra être achevée d'ici 2026, la Commission a par ailleurs exigé un impact plus rapide encore pour un vrai effet de relance. C'est ainsi que 65% des montants pourront être engagés budgétairement d'ici fin 2023.

Le secrétaire d'État à la Relance, Thomas Dermine, a insisté sur le respect des délais, alors que la Belgique était "partie en retard" (le gouvernement De Croo n'a été installé qu'en octobre, NDLR). "Nous avons rejoint le peloton des pays qui vont remettre leur plan dans les temps, une preuve que notre modèle belge basé sur un fédéralisme de coopération peut fonctionner efficacement", a-t-il indiqué vendredi en conférence de presse.

Le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) et M. Dermine (PS) y voient même "un processus interfédéral et de concertation comme notre pays n'en a jamais connu".

Le versement des fonds dépend encore de l'évaluation du plan par la Commission européenne, d'une validation par le Conseil (États membres), ainsi que de l'entrée en vigueur d'une décision européenne relative aux ressources propres de l'UE, qui doit être approuvée dans chaque État membre. Les projets devraient ainsi être mis en œuvre à l'automne.

Contrairement à certains plans de relance déjà rentrés par d'autres pays, comme la Grèce ou le Portugal, la Belgique ne fait pas appel à la possibilité de recourir à des emprunts, qui représentent l'autre moitié (360 milliards d'euros) de la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR), l'instrument clé de "Next Generation EU", le programme à 750 milliards d'euros de l'UE pour sortir l'économie de la crise du Covid.

Il faudra pourtant davantage que le plan de ce jour, si le gouvernement De Croo veut retrouver comme il s'y est engagé un taux d'investissement public de 4% en 2030, avec un objectif intermédiaire à 3,5% pour 2024.

À cet égard, le conseil des ministres a chargé M. Dermine de coordonner l'élaboration d'un plan fédéral plus large de relance et d'investissements, dans lequel pourraient se retrouver des projets déjà évoqués ces derniers mois, mais qui ne sont pas rentrés dans les critères UE.

Cette ambition politique représente 13,1 milliards d'euros d'investissements supplémentaires sur la période 2020-2024 pour l'ensemble du pays, selon M. Dermine. Les moyens mis à disposition par l'Europe permettront de couvrir 45% de ce montant sur la période 2020-2024. L'effort encore à fournir représente donc 7,2 milliards d'euros. "Certains gouvernements du pays, dont le gouvernement fédéral, ont déjà pris certains engagements en ce sens", selon Thomas Dermine.

Programme de stabilité également remis ce vendredi

Par ailleurs, la Belgique remet également ce vendredi à la Commission européenne son programme de stabilité à moyen terme des finances publiques, ont annoncé le ministre des Finances Vincent Van Peteghem et la secrétaire d'État au Budget Eva De Bleeker en conférence de presse. "Le budget est sérieusement affecté par la crise corona", a rappelé la secrétaire d'État. "Dans un cadre normal, il est demandé de maintenir la dette publique sous les 60% du PIB et le déficit sous les 3% du PIB. La Commission européenne a toutefois activé la 'general escape clause' pour 2021. Il n'est pas encore clair si les règles normales seront de nouveau d'application en 2022. Mais la Commission demande déjà des efforts. C'est ce que nous allons faire, pour maintenir notre dette publique sous contrôle."

Dès lors, le gouvernement a décidé de maintenir un effort structurel fixe de 0,2% chaque année à partir de 2021 pour l'entité 1 (fédéral et sécurité sociale). Un effort variable dépendant de la situation économique est aussi prévu à partir de 2022 avec un scénario de base d'également 0,2% du PIB. La commission européenne ne prendra pas en compte l'effort variable mais bien le scénario de base de 0,2% du PIB.

Pour l'entité 2 (entités fédérées), il a été décidé de suivre l'avis du conseil supérieur des finances qui proposait un effort assuré à 75% par l'entité 1 et 25% par l'entité 2, soit 0,07% du PIB.

En ce qui concerne le déficit, le gouvernement part sur un scénario de base, à l'horizon 2024, de 3,66% au total (2,67% entité 1 et 0,99% entité 2). Celui-ci est appelé à évoluer en fonction notamment de la réforme des pensions, de la fiscalité et du marché du travail avec l'ambition d'augmenter le taux d'emploi.

Enfin, l'objectif est d'arriver à une dette qui s'élèvera à 117,4% du PIB pour 2024.

"Nous continuerons à faire tout notre possible pour lutter contre cette crise. Bien que ce ne soit pas du tout évident et que la Commission européenne ne l'exige pas encore, nous faisons des efforts supplémentaires pour réduire le déficit budgétaire structurel sous-jacent", a déclaré Eva De Bleeker. "Nous maintenons la trajectoire sur laquelle nous nous sommes mis d'accord pour rendre notre gouvernement plus économique et plus efficace."

"Avec ce programme de stabilité, nous avons franchi une très importante étape", a commenté Vincent Van Peteghem.