Un cataclysme budgétaire. L’expression n’est pas trop forte pour qualifier l’impact sur les finances publiques de notre pays de la crise sanitaire du coronavirus en cours et de ses innombrables et désastreuses conséquences économiques. Selon certaines estimations, chaque semaine de confinement fait perdre 4 milliards à l’économie belge.

Une facture alourdie de plus de 10 milliards

Ce week-end, David Clarinval, ministre du Budget, a donné dans différents médias des détails sur l’état de ce désastre budgétaire. Avec ce chiffre qui frappe les esprits : la Belgique devrait afficher à la fin de cette année un déficit de l’ordre de 24 milliards d’euros. La crise sanitaire en cours a, en réalité, déjà contribué à alourdir l’ardoise budgétaire de plus de 10 milliards d’euros. Environ la moitié de ce chiffre provient des charges pour l’État du recours massif au chômage économique : un million de Belges sont potentiellement concernés. Le droit passerelle représente, à lui seul, un coût d’un milliard d’euros pour l’État.

Du côté des recettes, la crise actuelle va évidemment freiner le flot des rentrées fiscales. Comme un malheur ne vient jamais seul, l’État actionnaire, qui a des participations dans un certain nombre de grandes entreprises (BNP Paribas Fortis, Belfius, Proximus, bpost pour ne citer que les plus connues), devra faire une croix sur certains des dividendes attendus, accepter un dividende réduit pour d’autres.

Le déficit actuel, de l’ordre de 13 milliards actuellement, va donc s’envoler dans les mois qui viennent. Et ce chiffre attendu de 24 milliards pourrait encore s’aggraver. Car David Clarinval l’a précisé ce week-end : il a été calculé dans l’hypothèse d’un “déconfinement” progressif du pays à partir du 19 avril. Même si l’évolution de l’épidémie au vu des chiffres de ce week-end incite à un peu plus d’optimisme, rien ne permet d’affirmer aujourd’hui qu’une relance économique, même partielle, pourra avoir lieu à cette date-là. Car même si rien n’est officiel, c’est le scénario de début mai qui semble davantage tenir la corde. Dans ce cas, le déficit budgétaire pour cette année 2020 sera donc encore plus lourd : certains évoquent déjà une trentaine de milliards.

Et après ?

La situation est historique : un déficit budgétaire de 24 milliards, cela représente 5 % du PIB belge. Sans précédent et très loin de la barre de 3 % fixée par l’Europe. La Commission européenne a déjà fait savoir qu’elle se montrerait plus conciliante envers les États afin qu’ils puissent traverser cette tempête tout en créant les conditions d’un redémarrage économique une fois le gros de la crise sanitaire passé. Mais tôt ou tard, la Belgique devra modifier drastiquement sa trajectoire budgétaire. Entre baisses des dépenses publiques et nouvelles taxes, cela promet des débats politiques longs et houleux…