Environ deux tiers des conducteurs de camions et de bus ressentent régulièrement la fatigue au volant, d'après la conclusion d'une étude menée par la Fédération européenne des travailleurs des transports (ETF) auprès de 2 800 chauffeurs professionnels à travers l'Europe. Or les accidents impliquant des véhicules lourds ont tendance à avoir des conséquences plus graves pour les conducteurs. En 2016 (les statistiques les plus récentes issues de la base de données CARE de l'UE selon les syndicats), 4 002 personnes ont été tuées dans des accidents avec camions et 594 dans des sinistres impliquant des bus sur le territoire européen. Parmi les conducteurs interrogés, environ un quart ont déclaré s'être assoupis au volant au moins une fois au cours des 12 derniers mois (30 % des camionneurs, 24 % des chauffeurs de bus). Les syndicats soulignent toutefois que le chiffre réel pourrait être bien plus élevé, les conducteurs préférant ne pas signaler ces incidents par crainte d'éventuelles répercussions sur leur emploi.

À l'origine de la fatigue? Un repos limité et de qualité insuffisante, les horaires à rallonge ainsi que les bas salaires, selon l'ETF. Les chauffeurs sont, en effet, obligés d'effectuer de longues journées de travail s'ils veulent obtenir un salaire décent à la fin du mois. 88 % des conducteurs de camions et 60 % des chauffeurs de bus roulent plus de 40 heures par semaine. De plus, une grande partie du temps de travail n'est pas enregistrée en raison d'une utilisation incorrecte du tachygraphe, ce qui signifie que la journée de travail s'étale sur 12 ou 14 heures, pointent les syndicats.

Le manque de places de parking "confortables" empêche également les conducteurs de se reposer correctement. Le stress et le bruit sont aussi des obstacles à une bonne récupération.

L'ETF appelle donc à une meilleure rémunération des camionneurs. "Nous demandons depuis des années que les salaires versés aux conducteurs correspondent aux qualifications requises", déclare Tom Peeters, vice-président de la section route de l'ETF. "Un chauffeur formé, qui doit suivre une formation continue, gagne toujours moins en Belgique qu'un agent de nettoyage. Il est temps que l'Europe reconnaisse également, via le package salarial, qu'un conducteur professionnel est un maillon essentiel de l'économie."

La fédération égrène par ailleurs un certain nombre de revendications à l'égard des responsables politiques européens. Elle réclame davantage de contrôles et une "Autorité européenne du travail (AET) qui fonctionne bien"