Les membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ainsi que leurs alliés de l'Opep+ (notamment la Russie et le Mexique) se réunissent ce jeudi à 13H00 GMT (14h00, heure belge) pour s'accorder sur l'avenir à très court terme de leur politique de coupes de la production de pétrole.

Cette réunion, qui se tiendra par visioconférence, arrive après trois jours de discussions entre les membres du cartel. Elle était initialement prévue mardi mais a été reportée, ce qui trahit pour beaucoup d'observateurs les fortes divergences d'opinions au sein du groupe.

"Les propositions se concentrent apparemment sur un assouplissement progressif des coupes", a rapporté Stephen Innes, analyste d'Axi, ce qui éviterait le retour brutal sur le marché de près de 2 millions de barils par jour au 1er janvier comme initialement prévu.

Les deux cours de référence, le Brent de mer du Nord et le WTI américain, étaient en légère baisse en amont de la réunion, et cotaient respectivement 47,98 et 45,01 dollars le baril vers 11H00 GMT (12H00 à Bruxelles).

Couper les vannes pour faire remonter le cours

Depuis avril 2020, l'alliance de producteurs s'astreint à des restrictions drastiques dans sa production d'or noir afin de l'adapter à une demande qui a chuté avec la pandémie de Covid-19, en suivant des paliers progressifs arrêtés après d'âpres négociations.

Cet effort, pénible pour les finances de tous, a joué son rôle en inversant la chute vertigineuse des prix du brut, la référence américaine s'étant même un moment aventurée en terrain négatif au printemps, une première dans l'histoire.

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Depuis, une deuxième vague de Covid-19 est venue terrasser les espoirs d'une reprise rapide de la croissance mondiale et des mouvements de biens et de personnes consommateurs d'or noir.

Cette situation pousse la plupart des producteurs, le ministre saoudien de l'Énergie et chef de file du cartel Abdel Aziz ben Salmane en tête, en faveur d'une prolongation de l'effort actuel de coupe, de l'ordre de 7,7 millions de barils quotidiens.

C'était d'ailleurs ce à quoi le marché s'attendait, et pour beaucoup d'acteurs le cycle de réunions de ce début de semaine ne devait être qu'une formalité pour valider trois ou six mois de prorogation.

D'une promesse de vaccin à Biden, les facteurs externes perturbent la prise de décision

Mais plusieurs éléments nouveaux sont venus jouer les trouble-fête. En novembre, les cours du WTI et du Brent de mer du Nord sont remontés de près de 25%, soit leur meilleur mois depuis mai. Une remontée qui n'est pas étrangère aux annonces de campagnes de vaccination massives contre le Covid-19. Elles offrent une perspective de retour "à la normale" de la demande de pétrole, ce qui pousse certains pays à réévaluer le besoin d'un tel sacrifice.

Le sujet épineux du respect des quotas par chacun des membres semble également revenu sur la table, les mauvais élèves étant invités à observer une compensation stricte avant d'envisager toute action supplémentaire.

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Le cartel doit également prendre en compte les niveaux de production dans les rangs de trois de ses membres exemptés des quotas dont certains sont amenés à croître.

C'est le cas de la Libye, dont la production presque réduite à néant en 2020 des suites d'un conflit intérieur, est repartie en flèche depuis octobre. Elle a désormais dépassé le million de barils par jour, selon la Compagnie libyenne nationale de pétrole (NOC).

A moyen terme, une politique américaine plus souple vis-à-vis de l'Iran, également non concerné par les quotas, après l'élection du candidat démocrate Joe Biden, pourrait faire revenir sur le marché des centaines de milliers de barils quotidiens qu'il aura des difficultés à absorber en l'état.