L'annonce, largement anticipée, ne fait pas l'unanimité chez les gouverneurs de la Riksbank, dont deux sur six ont voté contre, ni parmi les analystes pour qui un renchérissement du loyer de l'argent au moment où la conjoncture mondiale faiblit est inopportun.

L'Institut suédois de la conjoncture (KI) a publié la veille des prévisions de croissance, de chômage et d'inflation nettement plus pessimistes que celles de la Banque centrale, justifiées selon lui par les incertitudes liées au Brexit et les tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine même si "le ton s'est adoucit" récemment dans ce dossier, relève KI.

Si "l'inflation a augmenté ces derniers mois et devrait continuer à augmenter dans les mois qui viennent, elle devrait se maintenir sous les 2%", objectif officiel de la Riksbank, "le ralentissement de la conjoncture et les prévisions d'inflation modérée auraient justifié de laisser les taux inchangés", écrit l'institut dans un rapport.

En février 2015, la Banque centrale de Suède avait introduit un taux d'intérêt négatif, fixé à -0,10%, invoquant les risques de déflation.

Un an plus tard, elle avait abaissé ce taux Repo, le principal taux directeur qui fixe le loyer des prêts aux banques sur sept jours, à -0,50%, avant de le relever d'un quart de point en décembre 2018.

"L'inflation a été proche de l'objectif de la Riksbank de 2% depuis début 2017 et la Riksbank estime que les conditions sont bonnes pour que l'inflation reste aussi proche (de l'objectif) à l'avenir", a-t-elle expliqué jeudi.

Elle prévoit une inflation à 1,7% pour l'exercice courant et pour 2020.

jusqu'en 2021

La plus ancienne banque centrale du monde devrait maintenir son taux directeur à 0% jusqu'en 2021, n'entrevoyant un nouveau relèvement qu'en 2022 (à 0,13%), et poursuivre sa politique de rachats obligataires pour stimuler l'économie.

"On peut s'attendre à ce que la BCE (...) fasse de même, mais probablement pas avant plusieurs années", a noté sur Twitter l'analyste en chef de Nordea, Helge J. Pedersen.

La Banque centrale européenne maintient son principal taux directeur à 0%, et sa présidente Christine Lagarde a indiqué la semaine dernière percevoir des signes de "stabilisation" des données économiques en zone euro, semblant plaider pour le statu quo à court terme.

Robert Bergqvist, économiste en chef chez SEB, estime lui que le retour des taux suédois en terrain neutre est une bonne décision.

"Un taux négatif envoie un signe de crise. Ce qui fait que vous n'obtenez pas l'effet attendu de la politique monétaire, car les gens se mettent à épargner" plutôt que de consommer, indique-t-il.

En Suède, les gouverneurs centraux estiment que la croissance du pays scandinave devrait ralentir après plusieurs années à un niveau soutenu pour revenir à un niveau moyen.

Le PIB devrait s'accroître de 1,1% cette année contre 1,3% estimé précédemment, puis 1,2% en 2020 (inchangé) et 1,7% en 2021. L'institut de la conjoncture escompte lui 1,1% cette année, puis 1,0% et 1,5%.