Le secrétaire américain à l’Agriculture, Sonny Perdue, vient d’achever une mini-tournée européenne qui l’a emmené en Italie, aux Pays-Bas ainsi qu’en Belgique, où il a visité une ferme et rencontré trois commissaires européens, dont celui au Commerce. La venue de Sonny Perdue sur le Vieux continent n’a rien d’un hasard du calendrier.

Des discussions sont en effet en cours entre les États-Unis et les Européens sur la conclusion d’un accord commercial partiel, qui portera notamment sur des produits agricoles. C’est invariable de la part des Américains : chaque accord commercial conclu depuis que le président Donald Trump a déclaré la guerre commerciale à la Terre entière, il y a deux ans, comprend un large volet "agriculture". Et il est presque à sens unique puisqu’il s’agit de vendre à l’autre partie un maximum de produits agricoles américains.

Et, bien qu’il se défende de faire partie des négociateurs du futur accord commercial préliminaire USA-UE - qu’on attend dans les semaines à venir, dit-on -, c’est ce clou qu’est venu enfoncer Sonny Perdue. Le septuagénaire aux tendances climatosceptiques, l’un des rares rescapés du gouvernement initial de Donald Trump, n’avait visiblement que deux messages à faire passer aux médias européens. Il les a placés encore et encore, saisissant chaque occasion, y compris quand les questions posées par les journalistes n’avaient que peu de rapport avec le sujet.

Le premier, c’est la nécessité de réduire l’abyssal déficit commercial agricole des Américains avec l’Europe. "Il est de 10 à 12 milliards de dollars, alors qu’il y a deux fois plus de consommateurs américains qu’européens. Nous estimons que ça n’a pas de sens, que c’est insoutenable et déraisonnable", a-t-il répété jeudi lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes.

Le second message des Américains est plus épineux. Il concerne la différence de normes des produits agricoles de part et d’autre de l’Atlantique. Aux États-Unis, on peut piquer les bœufs aux hormones. On peut laver les poulets au chlore, ce que dément d’ailleurs Sonny Perdue qui évoque l’utilisation de vinaigre. On peut arroser les cultures avec des dizaines de pesticides interdits dans l’Union européenne. On peut cultiver du soja génétiquement modifié. Et ce sont ces produits, parmi d’autres, qui se trouvent au cœur des négociations sur le futur accord commercial.

L’on sait d’expérience que l’Europe refuse de conclure des traités bilatéraux incluant des produits agricoles dont les normes sont inférieures à celles qu’elle impose à ses producteurs. Sonny Perdue n’a eu de cesse de marteler : "Nos produits sont de qualité. Ils respectent les normes internationales. Nous ne voulons pas vous vendre des produits que les Américains ne consomment pas déjà depuis longtemps".

Les Européens vont, de toute façon, devoir conclure un traité commercial avec les Américains, au risque, sinon, de voir de terribles représailles s’abattre sur eux, comme de lourdes taxes sur les exportations aux États-Unis de voitures et d’une foule d’autres produits. La capacité de nuisance de Donald Trump est immense mais, on ose le croire, pas au point de contraindre l’Union européenne à baisser ses standards sur les produits agricoles. La bataille menée par Sonny semble perdue d’avance.