"Ce qu'on a appris des plans de relance de 2008-2009 c'est que c'est important qu'ils soient coordonnés, qu'ils soient massifs et il ne faut pas les arrêter trop vite", résume Philippe Martin, président du Conseil d'analyse économique (CAE), organisme chargé de conseiller le gouvernement.

Lorsqu'explose la crise financière et bancaire de 2008, les Etats se concentrent d'abord sur le sauvetage des banques, puis mettent en place des plans de relance.

Mais en Europe, où la crise financière fait naître une crise de la dette grecque qui vire en lutte pour la survie de la zone euro, les Etats vont, dès 2011, stopper la relance et mener des politiques d'austérité.

Cette "énorme erreur", qui se traduit par exemple en France par des hausses d'impôts massives, fait que "l'Europe a mis dix ans à se remettre de la crise", constate Philippe Martin, pour qui les leçons ont été tirées aujourd'hui.

"Après la crise de 2008 il y a eu un débat très fort autour de la notion d'austérité et sur le fait qu'on n'a pas tenu assez compte de l'augmentation du chômage", abonde Xavier Ragot, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). "Ce débat est arrivé à maturité aujourd'hui, et on ne se focalise pas sur les dettes publiques" dans cette crise, ajoute-t-il.

Preuve en est la décision de Bruxelles de suspendre les règles de discipline budgétaire pour permettre aux Etats de soutenir sans états d'âme leurs économies.

Coordination

Ce que les Européens prévoient de faire avec des plans de 100 milliards d'euros en France, 130 milliards en Allemagne, tandis que les Etats-Unis préparent un plan de plus de 1.000 milliards de dollars.

Ces sommes sont bien plus importantes que ce qui avait été mobilisé en 2008, pour autant, le succès des plans de relance n'est pas garanti, car, contrairement à il y a douze ans, le manque de coordination plane entre les grandes économies.

"L'ambiance n'est pas la même: vous n'aviez pas Trump à la Maison Blanche, vous n'aviez pas le Brexit. On est dans une situation où la notion même de coopération internationale est beaucoup moins forte qu'en 2008", estime Philippe Martin.

Elle est pourtant indispensable: "cela permet d'éviter le risque de stimuler la production extérieure via les importations, plutôt que la production intérieure", explique Denis Ferrand, directeur général de l'institut Rexecode, citant le "contre-exemple français de 1981-1982".

Le tout nouveau gouvernement socialiste, à contre-courant de la plupart des autres pays, décide une relance par la demande en embauchant des milliers de fonctionnaires et en augmentant smic et allocations. Mais cela conduit à creuser le déficit commercial et à nourrir l'inflation, contraignant l'exécutif à arrêter sa politique.

Contrairement à 2008 encore, cette fois, la solution à la crise apparaît moins évidente.

"En 2008, il fallait donner du revenu aux gens pour qu'ils consomment, c'est-à-dire une relance par la demande au sens keynésien du terme, aujourd'hui il faut stabiliser le futur pour clarifier l'horizon des agents, les rassurer pour qu'ils consomment et investissent", avance Xavier Ragot.

Incertitude

Il faut donc articuler les plans de relance autour du soutien à la demande mais aussi à l'offre, c'est-à-dire aux entreprises. "Il s'agit plutôt de stimuler l'investissement des entreprises parce que le revenu des ménages, lui, a été relativement préservé", estime Denis Ferrand.

Avec une difficulté: l'incertitude "inédite" liée à l'évolution de la situation sanitaire, avec une possible deuxième vague. "Il faut être très prudent pour ne pas utiliser des cartouches pour rien. Même si le risque c'est, du coup, de ne pas en faire assez et pas assez vite", prévient Xavier Ragot.

Pour rassurer, la France comme l'Allemagne ont souhaité ancrer leurs plans dans une dimension stratégique: transformer structurellement leur économie, en accélérant la transition écologique.

Une vision de long terme, assez nouvelle dans le cadre d'une relance, selon les économistes interrogés par l'AFP, mais qui ne doit pas cacher les enjeux immédiats.

"La transition écologique, ce n'est pas ça qui va empêcher les pertes d'emplois dans des secteurs très fragilisés, comme la restauration ou le tourisme", pointe Denis Ferrand, même s'il juge qu'un plan de relance peut être "opportun" pour faire évoluer le système productif français.

"Il ne faut pas croire que c'est ça qui va nous sauver à l'automne-hiver", donc "il ne faut pas oublier les mesures de court terme, car les six prochains mois sont très dangereux", notamment pour l'emploi, prévient aussi Philippe Martin.