Les pays producteurs de pétrole liés par l'accord Opep+, emmenés par l'Arabie saoudite et la Russie, ont commencé ce jeudi leur troisième sommet ministériel de l'année, face à une "mer agitée", même si les campagnes de vaccination sont porteuses d'espoir pour une reprise durable. La réunion de l'alliance composée des membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses dix alliés a débuté en visioconférence peu avant 13h00 GMT, avec à l'issue une probable prolongation de leurs coupes actuelles de l'avis des analystes.

Maintenir le cap de la prudence

Le ton a été donné d'emblée par le ministre saoudien de l'Energie et chef de file de l'alliance, Abdelaziz ben Salmane, dans un discours introductif diffusé sur le site du cartel.

"La situation mondiale est loin d'être homogène et la reprise est loin d'être complète", a-t-il expliqué.

S'il constate "des signes d'amélioration significative" du côté de la demande, le ministre a rappelé que "la mer restait agitée" tout en répétant les mérites de l'approche "prudente et modérée" du cartel.

Le club des 23 producteurs laisse chaque jour quelque sept millions de barils sous terre, et ajuste ce volume mois après mois. A cela vient s'ajouter un million sabré par Ryad, afin de ne pas inonder le marché avec un or noir qu'il ne peut absorber en raison des dégâts économiques de la pandémie de Covid-19.

Sans une telle action, les risques de saturation des capacités de stockage, limitées, et de chute des prix, convalescents aux alentours de 60 dollars le baril mais toujours fragiles, sont bien réels.

L'optimisme russe noyé par une troisième vague épidémique ?

Ces derniers jours, nombre d'observateurs de marché tablaient sur un maintien de cette politique au cours du mois de mai, voire en juin. Toutefois, aucune "surprise" n'est à exclure avec l'Opep+, a averti Stephen Innes, anayste d'Axi.

Le marché s'interroge aussi sur le devenir du "cadeau" saoudien, et ce million de barils volontairement coupé depuis février. Quant à la Russie et au Kazakhstan, auront-ils de nouveau le droit d'augmenter à la marge leur production ?

Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak chargé de l'Energie, qui s'exprimait lui aussi en préambule du sommet, a tenu un discours plus optimiste que son homologue saoudien, se félicitant des "résultats" des campagnes de vaccination à travers le monde.

"Nous constatons que l'économie continue de se redresser", a-t-il ajouté, évaluant le déficit actuel sur le marché à deux millions de barils quotidiens.

Mais après un début d'année sous de meilleurs auspices que la précédente, l'éclosion d'une troisième vague de contaminations en Europe et un virus qui se propage à grande vitesse sur des marchés porteurs pour la demande de brut, comme l'Inde, ont douché le moral de la plupart des producteurs et agité fortement les marchés ces dernières semaines.

Le duo russo-arabe toujours à la barre

Dans son dernier rapport mi-mars, l'Agence internationale de l'Energie (AIE) a livré des estimations peu réjouissantes : après le choc sanitaire, la demande mondiale de pétrole devrait mettre deux ans à retrouver ses niveaux d'avant-crise, selon ses pronostics.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) s'est par ailleurs entretenu au téléphone avec le président russe Vladimir Poutine avant la réunion, a fait savoir le Kremlin, évoquant surtout les initiatives des deux pays en matière de développement durable.

Des échanges ont également eu lieu mercredi entre la partie saoudienne et la ministre américaine de l'Energie Jennifer Granholm, selon un tweet de cette dernière. Non membres de l'accord, les Etats-Unis n'en restent pas moins les premiers producteurs du brut au monde avec 11 millions de barils produits chaque jour.

Fébriles en milieu de journée, les cours du brut de référénce, le Brent et le WTI, grimpaient de plus de 2 % en début de réunion.