"C'est bien pire que le tsunami de 2004", affirme à l'AFP Kongsak Khoopongsakorn, propriétaire du Vijitt Resort, un complexe de villas haut de gamme, dont les prix sont aujourd'hui bradés à 85%. "Toute l'île est touchée et l'impact du coronavirus sera beaucoup plus long sur la durée".

Le contraste est saisissant: la perle de la mer d'Andaman (sud), deuxième destination de Thaïlande après Bangkok, a accueilli plus de 9 millions de visiteurs l'année dernière.

Aujourd'hui, une espèce rare de tortues marines revient nicher sur ses plages désertes, la quasi-totalité des 3.000 hôtels sont fermés, et, à Patong, centre de la vie nocturne et du sexe tarifé, seuls 5% des commerces sont encore ouverts.

"C'est une ville fantôme", soupire Preechawut Keesin, le seigneur de la station, à la tête de plus de 600 chambres d'hôtels et de cinq boîtes de nuit.

Dans le quartier chaud, quelques go-go bars préfèrent pour l'instant ne pas baisser le rideau pour aider leur personnel. "On n'arrivera pas à survivre au-delà de la fin de l'année", s'inquiète Jantima Tongsrijern, responsable du Pum Pui bar, tandis que trois filles se déhanchent sans conviction devant des tables vides.

80% des revenus 

Le tourisme générait 80% des revenus de l'île et employait plus de 300.000 personnes.

Au fil des mois, des dizaines de milliers de chômeurs ont regagné leur province natale.

Pour ceux qui restent, la résistance s'organise: certains ont accepté de drastiques baisses de salaires, d'autres grossissent les files d'attente devant les distributions d'aide alimentaire, d'autres se sont reconvertis.

Orathai Sidel a fermé son bar et monté un petit stand de rue où elle cuisine des desserts. "Avant, pendant la haute saison, je pouvais percevoir 100.000 bahts (2.800 euros) par mois, aujourd'hui, je gagne 100 bahts (moins de 3 euros) par jour, mais il faut bien payer l'école des enfants".

"On n'a pas le temps de protester comme vous le faites en France. Ici, on se bat pour survivre", lance sa voisine, Poï, une vendeuse de roses licenciée en juin du restaurant où elle travaillait.

Le futur s'annonce encore plus sombre.

Les autorités voulaient faire de Phuket un modèle expérimental pour accueillir les premiers touristes étrangers à fouler le sol thaïlandais depuis avril. Mais leur arrivée ne cesse d'être reportée.

"Les annonces très confuses du gouvernement entretiennent la peur parmi la population locale", s'alarme Kongsak Khoopongsakorn, également président de la section sud de l'association des hôtels de Thaïlande.

Quarantaine draconienne 

Le royaume, épargné jusqu'à présent par le coronavirus (3.622 cas et 59 décès recensés), craint davantage l'épidémie que la crise économique et préfère surfer sur l'image d'un pays sûr, quitte à laisser des millions de travailleurs sur le carreau.

Deux tests de Covid-19, 28 prises de températures, une surveillance 24 heures sur 24 par des médecins et des gardiens: les premiers vacanciers étrangers sur l'île devront se soumettre à une quarantaine draconienne de 14 jours dans un des rares hôtels homologués qui proposent des packages souvent luxueux et au prix fort (plusieurs milliers de dollars par personne).

Après, ils pourront rester jusqu'à neuf mois dans le pays.

Peu de personnes seront intéressées, reconnaît Kongsak Khoopongsakorn. Cela ne va pas redresser durablement l'économie (...) mais cela nous permettra de patienter".

Développement anarchique, bétonnage des côtes, destruction des écosystèmes: la pandémie force aussi Phuket à se repenser.

Pour Preechawut Keesin, "il va falloir se recentrer sur les voyageurs individuels plutôt que sur le tourisme de masse et développer la clientèle locale".

Avant la crise, les Thaïlandais ne représentaient que 30% des visiteurs, contre 70% pour les étrangers.

Pour éviter à l'île de totalement sombrer, la Thaïlande lance des formules à prix cassés pour ses ressortissants: séjour de deux nuits, avion compris: 26 euros par personne.

"On ne gagne rien là-dessus. C'est un désastre. On n'attend pas de retour à la normal avant trois ans", soupire Kongsak Khoopongsakorn.