Le plan de relance de l'économie américaine va rayonner bien au-delà des frontières des Etats-Unis mais le risque d'inflation et d'un resserrement brutal des taux d'intérêt ne sont pas exclus.

Avec une injection de 1.900 milliards de dollars, le plan de sauvetage américain va avoir "des retombées positives sur le reste de l'économie mondiale", a souligné jeudi Gerry Rice, le porte-parole du Fonds monétaire international (FMI) lors d'une conférence de presse.

"La plupart des pays devraient bénéficier d'une demande américaine plus forte tant pour les produits de base que pour les importations de biens et services", a-t-il détaillé, ajoutant que "cela contribuera donc à la croissance et à la reprise mondiales".

Par conséquent, l'institution de Washington devrait publier le 6 avril prochain des prévisions de croissance mondiale révisées en hausse.

En janvier dernier, il projetait déjà une croissance mondiale plus soutenue, à 5,5%, à la faveur de l'accélération de la vaccination et des plans d'aide massifs des gouvernements.

S'agissant de la seule économie américaine, il tablait alors sur 5,1%.

Si les Etats-Unis vont jouer le rôle de locomotive mondiale cette année --peut-être même devant la Chine -- , "nous devons être attentifs aux risques et les pays doivent bien entendu être vigilants (...) à tout risque éventuel, y compris un éventuel resserrement financier", a cependant averti le porte-parole du Fonds.

Pays émergents 

Selon lui, un resserrement brutal des taux d'intérêt n'est ainsi pas exclu.

Dans un environnement "où les coûts de financement en dollars américains sont exceptionnellement bas", la Réserve fédérale et les autres Banques centrales des économies avancées doivent "soigneusement gérer les risques d'un resserrement soudain des conditions financières", a-t-il ajouté, leur recommandant de "communiquer clairement".

Avec une reprise économique désynchronisée à travers le monde, si les pays avancés venaient à augmenter brutalement leur taux d'intérêt, cela compromettrait le besoin de refinancement de la dette d'un certain nombre de pays émergents.

Inflation 

Aux Etats-Unis, le plan Biden devrait dynamiser la croissance de 5 à 6% sur trois ans, selon une estimation préliminaire du FMI qui va être affinée maintenant que la loi a été votée.

Les Républicains, qui ont voté en bloc contre le plan de relance, mettent en avant le risque d'inflation.

"C'est un risque parmi tant d'autres que nous allons surveiller", a déclaré jeudi le conseiller économique de la Maison Blanche Brian Deese sur la chaîne CNN.

Avant même le vote, certains économistes ont souligné que l'injection massive d'argent dans l'économie américaine, au moment où la reprise a commencé, peut présenter un risque de surchauffe.

Le débat n'est pas tranché même si la majorité des économistes, dont Gita Gopinath, économiste en chef du FMI, estiment que s'il y a inflation accélérée, c'est-à-dire au-dessus des 2% préconisés par la Banque centrale américaine, cela ne sera que temporaire.

Pour l'heure, la priorité est "de mettre en oeuvre le plan de relance pour mener à une reprise rapide et équitable", a souligné M. Deese alors que la crise est loin d'être terminée pour les foyers les plus modestes.

Brian Deese a ainsi indiqué que les chèques de 1.400 dollars par personne commenceraient à être envoyés dès ce mois-ci.

L'administration Biden a "bon espoir de voir une croissance forte et robuste cette année et c'est ce dont nous avons besoin pour revenir plus rapidement au plein emploi et sortir de ce très grave trou d'emploi dans lequel nous nous trouvons", a-t-il ajouté.

La loi portant sur le plan de sauvetage a été approuvée définitivement mercredi par le Congrès. Elle doit être signée vendredi par le président Joe Biden.

Grâce à ce plan, plus de 10 millions d'Américains qui dépendent des allocations chômage exceptionnelles vont continuer à en bénéficier jusqu'à septembre alors que ces aides devaient s'achever à la fin de cette semaine, a encore rappelé Brian Deese.

Au cours de la première semaine de mars, 712.000 personnes se sont encore inscrites au chômage contre 754.000 la semaine précédente, selon le département du Travail.

Le conseiller de Joe Biden a admis qu'il était "fâcheux" que les Républicains aient voté contre cette loi, estimant cependant que ce plan avait le soutien de la population américaine.