Une polémique fait rage en Italie sur les aides aux entreprises, le gouvernement accusant les banques de ne pas agir assez rapidement pour les soutenir alors qu'elles sont fragilisées par l'épidémie de coronavirus, ce que contestent les établissements financiers.

"Le système bancaire, même s'il offre sa collaboration, peut et doit faire plus", a lancé jeudi le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, devant la Chambre des députés.

Dans le cadre d'un plan de soutien à l'économie italienne durement affectée par la pandémie, le gouvernement a mis en place un système de garanties publiques sur les prêts accordés aux entreprises par les banques.

L'objectif est de faciliter leur délivrance et d'éviter ainsi une multiplication des faillites, alors que le tissu économique de la péninsule est composée majoritairement de petites et moyennes entreprises.

Alors que le pays, très durement touché par l'épidémie de Covid-19 qui a fait plus de 32.000 mots en trois mois, accélère son déconfinement, de nombreux commerces et magasins, en théorie autorisés à réouvrir depuis lundi dernier, sont ainsi restés porte close pour protester contre l'insuffisance et la lenteur des aides financières.

M. Conte a demandé "une accélération" des procédures, en rappelant la possibilité pour les entreprises d'obtenir des prêts garantis par l'Etat jusqu'à 25.000 euros. Mais selon de "nombreux signalements (...) dans la majeure partie des cas cela ne se produit pas", a-t-il regretté.

Mais les banques ont rejeté vendredi cette critique.

"Je ne veux pas faire de polémique avec le chef du gouvernement, M. Conte (...): nous sommes face à un incendie et moi je continue à porter de l'eau pour l'éteindre", a souligné le président de l'Association bancaire italienne (Abi) Antonio Patuelli, dans un entretien à La Stampa.

L'Abi a publié également un communiqué pour se défendre, où elle évoque le "travail colossal" réalisé par les banques.

A la date de jeudi et depuis un mois, elles ont transmis au Fonds de garantie public 329.000 demandes de prêts pour un total de 15 milliards d'euros, dont 6 milliards pour les prêts jusqu'à 25.000 euros.

Concernant les nouveaux moratoires sur les prêts, ils représentent 2,3 millions de dossiers pour un total de financement de 240 milliards d'euros, dont plus d'un million concernant des banques et 1,2 millions des familles, a détaillé l'association.

"Pendant la crise de 2009, nous recevions 400 demandes de moratoire par jour, maintenant nous tournons autour de 50.000", a souligné le vice-président de l'Abi, Gianfranco Torriero.

L'Abi assure que 80% des demandes de moratoires ont déjà été acceptées, tandis que 19% sont en cours d'examen et seulement 1% a été rejetée.

Selon un sondage effectué par Quorum/YouTrend pour l'agence de presse AGI publié vendredi, 63,2% des Italiens interrogés estiment que l'économie représentera le problème le plus grave dans les prochains mois, et seulement 34,6% la situation sanitaire ; 61,8% estiment qu'il y aura une hausse des tensions sociales dans le pays.

Pour 41%, la solution serait de réduire les impôts sur les familles et les entreprises, tandis que 34,7% préconisent des investissements dans les infrastructures et la création d'emplois.