"Pas de temps à perdre": les chefs de l'Union européenne ont appelé vendredi les leaders des 27 Etats membres à se rassembler pour trouver rapidement un accord sur un plan de relance massif post-coronavirus, afin de sortir le Vieux Continent d'une récession historique.

Un accord sur ce plan de 750 milliards d'euros marquerait une étape majeure dans la construction européenne. Car cette somme sera pour la première fois empruntée au nom de l'UE sur les marchés, brisant le tabou d'une dette commune européenne.

L'Europe de retour ? 

"Il est de notre responsabilité collective d'aboutir", a tweeté le président du Conseil européen, Charles Michel, chef d'orchestre de ce sommet par vidéoconférence, qui donne le coup d'envoi de tractations difficiles.

"Nous devons nous rassembler, nous n'avons pas de temps à perdre", a renchéri Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, dont la proposition sert de base aux discussions.

La présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde voit là l'occasion de "prouver que l'Europe est de retour". "Plus vite le paquet est adopté, mieux c'est pour l'économie de l'UE", a-t-elle dit aux 27 selon une source proche des discussions. La Française a appelé à un plan "consistant, rapide, flexible et fermement ancré dans les réformes économiques".

Ce sommet virtuel doit avant tout permettre à chaque dirigeant de dévoiler ses objectifs et ses marges de négociation, sur ce plan destiné à soutenir une économie européenne sinistrée et qui s'appuie sur le budget à long terme de l'UE (2021-2027).

Un autre sommet, voire deux, probablement physiques pour faciliter les discussions, seront nécessaires pour aboutir à un accord, souhaité au plus tard fin juillet.

Il faudra en particulier vaincre les réticences des quatre "frugaux" - Pays-Bas, l'Autriche, Suède, Danemark - très réservés sur ce plan, qui bénéficiera avant tout aux pays du Sud.

La proposition de la Commission sur la table prévoit un "instrument de relance" de 750 milliards d'euros, largement inspiré de l'initiative de la chancelière allemande Angela Merkel et du président français Emmanuel Macron - une alliance de poids dans le débat.

Ce fonds complète une proposition révisée de budget de l'UE pour 2021-2027, de 1.100 milliards d'euros, sur laquelle les Etats membres doivent aussi s'entendre.

Sur la somme de 750 milliards, 500 milliards seraient redistribués dans le cadre du budget européen sous forme de subventions aux pays les plus touchés par le coronavirus, comme l'Espagne et l'Italie, et 250 milliards d'euros sous forme de prêts.

"Jamais auparavant la cohésion et la solidarité n'ont été aussi importantes qu'aujourd'hui", a insisté jeudi Angela Merkel.

Faire repartir le moteur 

Les 27 doivent surmonter d'importantes divergences, qu'il s'agisse du montant du plan, de sa durée, de l'équilibre entre prêts et subventions, des critères de répartition des aides, ainsi que de la délicate question d'une "conditionnalité", c'est-à-dire la contrepartie (par exemple des réformes) réclamée à un Etat en échange de ces fonds.

Les "frugaux" réclament un niveau de dépense beaucoup moins élevé que les 750 milliards annoncés et plaident pour des prêts, que chaque Etat devra donc rembourser, plutôt que des subventions.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a mis en garde contre une pérennisation de la dette: l'aide apportée doit être "ponctuelle" et "limitée dans le temps", a-t-il averti selon l'agence APA.

Dans une lettre aux 27, les chefs de file de cinq des sept groupes au Parlement européen (PPE, S&D, Renew Europe, Verts/ALE et GUE/NGL) ont prévenu que les 500 milliards de subventions étaient "le strict minimum" et que les eurodéputés ne donneraient leur aval au budget que si de nouvelles ressources (taxes européennes) étaient créées, dès 2021.

Un avertissement dont s'est fait l'écho le président du Parlement, l'Italien David Sassoli, pour qui le plan est "une bonne base de départ", "l'essence pour faire repartir le moteur" de l'économie.

La Commission évoque plusieurs possibilités pour financer budget et plan de relance, sans alourdir les contributions des Etats: taxes sur les plastiques, élargissement des recettes collectées sur le marché du carbone européen, taxe carbone aux frontières, impôt sur l'activité des grandes entreprises ou encore sur les entreprises numériques.

Là encore, un compromis devra être trouvé.