Son nouvel emploi va lui coûter de l’argent mais il n’en a cure : Nicolai Tangen a pris, la semaine dernière, les rênes du fonds souverain de la Norvège, qui gère plus de 1000 milliards de dollars d’actifs, au terme d’un psychodrame de plusieurs mois. Du fonds spéculatif qu’il a créé à Londres il y a quinze ans et qui l’a rendu richissime au plus gros fonds souverain au monde, le passage ne s’est pas fait sans frictions.

Soupçons de conflits d’intérêts, critiques contre son recours aux paradis fiscaux… Les reproches ont fusé depuis que la Banque de Norvège a annoncé, fin mars, l’embauche du fondateur du hedge fund AKO Capital pour gérer la tirelire nationale des Norvégiens.

Nombreux, pourtant, sont ceux qui jugent cet homme aux cheveux ras et à l’allure quasi militaire parfaitement taillé pour le job. "Il est clairement le meilleur candidat", a martelé son employeur Øystein Olsen, le gouverneur de la Banque de Norvège, qui chapeaute le fonds souverain placé dans plus de 9 000 sociétés à travers le monde mais aussi en obligations et dans l’immobilier.

Son passé de spéculateur, sa fortune considérable, son entregent avec les VIP ont cependant heurté le souci d’égalitarisme répandu dans le pays nordique.

Des voix ont réclamé sa tête jusqu’à ce qu’un accord in extremis soit révélé : à l’issue d’une renégociation des termes de son contrat, M. Tangen a accepté de transférer "à jamais" les 43 % qui lui restent dans AKO Capital à sa fondation caritative, AKO Foundation, afin de dissiper les craintes sur de possibles conflits d’intérêts.

Hyperdiplômé, notamment en histoire de l’art, Nicolai Tangen est réputé pour disposer d’une des plus grandes collections d’œuvres modernes scandinaves. Pour faire taire les critiques, le milliardaire a aussi accepté de solder quelque 5 milliards de couronnes (470 millions d’euros) d’investissements personnels placés dans des fonds pour les déposer sur de simples comptes bancaires, où il possédait déjà une solide épargne d’environ 2 milliards de couronnes.

Cette solution l’obligera à payer davantage en impôt sur la fortune que ce qu’il va percevoir en salaire dans ses nouvelles fonctions - 6,65 millions de couronnes (635 000 euros) par an - et en intérêts. "J’ai accepté le poste parce que j’estime que c’est le plus important et excitant qui soit quand on travaille dans la finance", a justifié l’intéressé.