Dans un communiqué bien plus volontariste qu'attendu, l'institution indique qu'elle va "ajuster ses instruments, le cas échéant, pour faire face à l'évolution de la situation" alors que les risques pour la croissance sont "clairement" présents, a expliqué une porte-parole de l'institution monétaire.

La BCE agira alors sur la base de nouvelles projections de croissance, qui seront publiées en décembre, est-il précisé.

Les dernières décisions de l'institution présidée par Christine Lagarde datent de juin, lorsque la BCE avait ajouté une rallonge de 600 milliards d'euros au programme d'urgence de 750 milliards d'achat de dettes, le "PEPP", annoncé en mars.

Compte-tenu de la dégradation sanitaire qui menace d'un nouveau plongeon les économies de la zone euro, les observateurs tablent sur une nouvelle rallonge du programme lors de la dernière réunion de l'année, le 10 décembre.

Après leur réunion de jeudi, les gardiens de l'euro ont aussi ouvert une voie à une potentielle baisse des taux, déjà à leur plus bas historique.

Le principal taux d'intérêt a été maintenu jeudi à zéro, tandis que les banques se verront appliquer un prélèvement de 0,50% sur une fraction des dépôts qu'elles confient à la banque centrale au lieu de les prêter à leurs clients.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, délivrera son analyse de la situation économique lors de la conférence de presse, à nouveau tenue en mode virtuel, à partir de 13H30 GMT.

"La résurgence de la pandémie plus tôt qu'anticipé par les scientifiques n'est pas de bon augure", a-t-elle récemment déclaré dans une interview sur LCI.

La BCE est sous pression pour agir alors que l'inflation en zone euro végète à un niveau très inférieur de celui proche de 2% visé par la BCE, se retrouvant même en territoire négatif depuis août.

Lors de la dernière réunion du conseil des gouverneurs en septembre, le risque d'une rechute de l'activité avait été moins évoqué que l'appréciation de l'euro face au dollar.

Quête d'unanimité 

Or le tableau a changé à une vitesse inattendue. Le cours de la monnaie unique s'est stabilisé mais la résurgence de la pandémie en Europe a entraîné une rafale de nouvelles restrictions sur le continent, alarmantes pour les acteurs économiques.

Après l'Italie, l'Irlande ou les Pays-Bas, de nouvelles mesures drastiques ont été annoncées mercredi soir en France et en Allemagne. Dans la première économie de la zone euro, les cafés et restaurants, les équipements sportifs et culturels vont fermer durant tout le mois de novembre.

Outre la situation changeante de l'épidémie de Covid-19, l'incertitude entourant l'issue des élections américaines de début novembre, comme les conséquences du Brexit dans deux mois, donnent aux gardiens de la zone euro d'autres raisons de temporiser.

Sans parler des divisions au sein du conseil des gouverneurs sur le cap futur à donner aux soutiens monétaires.

A la différence de son prédécesseur Mario Draghi, qui avait laissé une institution divisée, Mme Lagarde semble "aspirer à la (quasi) unanimité" au sein de son organe de décision, note Florian Hense, économiste chez Berenberg.

Un résultat que la patronne de la BCE, en poste depuis un an, n'obtiendra "probablement pas avant la réunion de décembre", ajoute-t-il.

Selon les observateurs, le moment sera alors venu de décider de renforcer à nouveau l'ampleur et la durée du "PEPP" pour préserver de bonnes conditions de financement dans l'économie.

Une autre option, qui consisterait à pousser les taux encore plus loin en territoire négatif, "serait risquée car cela porterait un nouveau coup aux banques déjà mal en point", estime Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo.