Premiers visés, les fonds spéculatifs qui parient à la baisse sur des entreprises à la santé financière fragile, dont le revendeur de jeux vidéo GameStop, les salles de cinémas AMC ou la chaîne de grands magasins Bed, Bath & Beyond.

Misant sur l'effondrement boursier de groupes dont ils ont vendu de nombreuses actions, ces fonds comptent engranger un profit en rachetant à bon marché les titres cédés.

Mais une armée d'investisseurs amateurs, active entre autres sur le forum WallStreetBets du site communautaire Reddit, a décidé de battre ces institutions à leur propre jeu en achetant massivement les actions ciblées, qui ont vu leur prix s'envoler brusquement la semaine dernière.

Cette saga, qui fascine la presse financière autant qu'elle perturbe les milieux d'affaires, a conduit la sénatrice Elizabeth Warren, de l'aile gauche du parti démocrate, à fustiger l'attitude des barons de la Bourse new-yorkaise.

"Ce qu'il se passe avec GameStop ne fait que nous rappeler ce qu'il se passe depuis des années à Wall Street. C'est un jeu truqué", a déploré dimanche sur CNN la représentante du Massachusetts.

"Il est temps pour la SEC de faire son travail", a lancé Mme Warren, appelant le régulateur boursier américain à intervenir au plus vite.

Le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders a tiré dans le même sens, déplorant un système "défectueux" et un comportement "scandaleux".

Le ton est pareillement acerbe de l'autre côté de l'échiquier politique: le très conservateur procureur général du Texas, Ken Paxton, a ainsi tiré à boulets rouges contre les hedge funds et, encore plus, contre certaines plateformes de courtage.

Plusieurs d'entre elles, notamment la populaire application Robinhood, ont décidé la semaine dernière de limiter les transactions de titres spéculatifs face à un afflux de demande.

"Cela pue la corruption", a fustigé vendredi M. Paxton, qui a demandé des informations complémentaires aux courtiers, au même titre que son homologue de l'Etat de New York, la démocrate Letitia James.

Ces représentants se demandent notamment si des institutions de Wall Street n'ont pas agi de manière concertée.

"AOC" rabroue Cruz 

Certains observateurs voient dans ce front commun une convergence des populismes de droite et de gauche face aux excès de la haute finance américaine.

Cette alliance de circonstance est toutefois loin de donner lieu à une réconciliation entre les deux bords politiques.

La députée démocrate de New York Alexandria Ocasio-Cortez, qui avait jugé l'attitude de Robinhood "inacceptable", a ainsi répondu sèchement sur Twitter au sénateur républicain du Texas Ted Cruz, qui avait fait part de son approbation.

"Je suis heureuse de travailler avec les républicains sur ce sujet où il y a un terrain d'entente, mais vous m'avez presque fait assassiner il y a trois semaines, donc vous pouvez passer votre tour", a écrit "AOC".

Le 6 janvier à Washington, M. Cruz et d'autres élus conservateurs avaient contesté la validation officielle des résultats de l'élection présidentielle de novembre dans certains Etats-clés, peu avant qu'une foule de partisans de Donald Trump n'envahisse le Capitole.

"Si vous voulez rendre service, vous pouvez démissionner", a suggéré Mme Ocasio-Cortez à l'élu texan.

Auditions 

Deux groupes parlementaires, la Commission des services financiers de la Chambre des Représentants et la Commission bancaire du Sénat, ont annoncé des auditions à venir pour faire la lumière sur les pratiques spéculatives dans les milieux financiers.

"Les grands de Wall Street ne s'intéressent aux règles que quand ce sont eux qui souffrent", a dénoncé le sénateur démocrate Sherrod Brown, nouveau président de la Commission des banques. "Les travailleurs américains savent depuis des années que le système de Wall Street ne fonctionne pas: ils en paient le prix."

Maxine Waters, la députée démocrate à la tête du groupe de la Chambre sur les services financiers, a, elle, promis une vraie enquête sur les comportements "prédateurs et manipulateurs" de certains acteurs du marché.

Pressée de toutes parts, la SEC est également sortie de sa réserve en fin de semaine dernière en assurant "surveiller et évaluer de près l'extrême volatilité du prix de certaines actions" et en garantissant de "protéger les petits investisseurs lorsque les faits démontrent une activité boursière abusive".