Le président de la Banque centrale américaine Jerome Powell est apparu serein mardi sur le front économique estimant que la situation de l'emploi et de l'inflation était "positive" aux Etats-Unis et que les récentes baisses de taux aidaient la conjoncture économique.

Dans un discours mardi à Denver (Colorado) prononcé à trois semaines d'une prochaine réunion monétaire, le patron de la Fed a redit que la politique monétaire "n'était pas déterminée à l'avance" mais que la Banque centrale "surveillerait de près" les données économiques et les risques qu'encourent l'économie des Etats-Unis.

Après deux modestes baisses des taux en juillet et septembre, une large majorité des acteurs financiers misent pourtant encore sur une nouvelle baisse d'un quart de point de pourcentage (0,25%) des taux au jour le jour dès le prochain rendez-vous monétaire du 30 octobre.

Mais M. Powell a préféré rester prudent indiquant seulement: "la prochaine réunion est dans quelques semaines, d'ici là nous surveillerons de près les informations économiques".

"Nous seront dépendants des données, évaluant les perspectives et les risques, une réunion monétaire après l'autre", a-t-il indiqué sans s'engager.

Il est apparu plus optimiste sur l'évolution de l'inflation dont l'apathie a jusqu'ici été une des raisons pour baisser les taux.

"L'inflation est un peu en dessous de notre objectif symétrique de 2% mais elle s'est progressivement raffermie ces dernier mois", a-t-il souligné. L'indice des prix PCE en août n'était qu'à 1,4% en rythme annuel mais si l'on exclut les prix de l'énergie et de l'alimentation traditionnellement volatils, l'inflation dite sous-jacente est remontée à 1,8%.

M. Powell a insisté sur le fait que les membres de la Fed continuaient de prévoir "une expansion durable de l'activité économique, un marché du travail dynamique et une inflation proche de l'objectif".

"Beaucoup de prévisionnistes en dehors de la Fed sont d'accord", a-t-il souligné apportant un contrepoint au sentiment répandu, notamment dans le secteur manufacturier, qu'une récession s'approche.

Même si les embauches sont moins nombreuses, a ajouté le patron de la Fed lors d'une séance de questions suivant son discours, "il n'y a pas de raison pour que l'expansion ne continue pas", a-t-il assuré.

Les risques qu'encourent l'économie relèvent surtout "de l'environnement international", a encore souligné M. Powell. "La croissance a faibli dans le reste du monde depuis un an et demi, les incertitudes autour du commerce et le Brexit sont autant de risques pour les perspectives économiques", a-t-il ajouté.

Regonfler le bilan 

Evoquant les tensions sur les taux à court terme du marché interbancaire (repo), M. Powell a annoncé que la Fed envisageait l'achat de bons du Trésor à court terme pour gonfler ses réserves.

Toutefois ces achats d'actifs n'ont rien à voir avec la politique ultra-accommodante conduite après la crise financière lorsque la Fed avait massivement acheté des bons du Trésor, a assuré M. Powell.

Il a expliqué que le marché interbancaire du refinancement avait subi "une intense volatilité inattendue", expliquée par la concomitance d'échéances fiscales importantes pour les entreprises et l'émission massive d'obligations du Trésor provoquant "des tensions de liquidités sur les marchés monétaires".

Pour apaiser ces tensions, la Fed a injecté des liquidités quotidiennement depuis fin septembre afin de maintenir le taux de rachat des prises en pension à un jour (repo) dans la fourchette des taux directeurs (1,75% à 2%) fixée par la Fed.

La Banque centrale va donc aussi regonfler son bilan en rachetant des bons du Trésor à échéance de moins d'un an qui ne devraient toutefois "pas avoir d'effet sur la politique monétaire", a-t-il expliqué. "Ce n'est pas un nouveau QE (Quantitative Easing)", a-t-il martelé.

Interrogé sur ses lectures alors qu'il a été repéré plusieurs fois avec un livre de Paul Volcker, son illustre prédécesseur à la tête de la Fed entre 1979 et 1987, M. Powell a rendu un vibrant hommage à cette légende de la finance, aujourd'hui âgée de 92 ans.

"Je ne pense pas qu'on n'ait eu de plus grand serviteur de l'Etat dans notre domaine au cours de notre vie", a déclaré M. Powell, rappelant que Paul Volcker avait été malmené et hué pour ses hausses de taux en période de forte inflation.

M. Volcker avait dû faire montre d'indépendance vis-à-vis du pouvoir mécontent de sa politique monétaire, une situation qui n'est pas sans rappeler la position de Jerome Powell face aux invectives de Donald Trump qui veut des taux à zero.