Le pacte énergétique est encore repoussé

Les discussions entre le fédéral et les régionsne débuteront pas avant fin 2016.

Laurent Lambrecht
marie christine marghem
marie christine marghem ©Johanna de Tessieres

Dans sa dernière étude consacrée à la Belgique, l’Agence internationale de l’Energie (AIE) plaidait pour la signature d’urgence d’un pacte énergétique entre le pouvoir fédéral et les Régions. Même si les contours de ce futur pacte sont encore très flous, l’objectif est de mettre fin aux revirements qui ont caractérisé la politique énergétique belge ces dernières années. Une question centrale est de savoir ce qui va remplacer les sept centrales nucléaires qui doivent théoriquement fermer entre 2022 et 2025.

Mais alors que ce pacte énergétique devait initialement voir le jour fin 2015, l’échéance est sans arrêt repoussée. Selon un document émanant du cabinet de la ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR), les discussions avec les Régions ne débuteront qu’à la fin de cette année. Qu’est-ce qui explique ce contretemps ? "Les Régions ne veulent pas aller plus vite , explique-t-on au cabinet Marghem. La Flandre et la Wallonie veulent avancer de leur côté avant de se mettre à table avec le fédéral."

Il est vrai que le ministre flamand de l’Energie, Bart Tommelein (Open VLD), est occupé à élaborer sa politique de soutien aux énergies renouvelables. Et certains estiment que la Région wallonne ne bougera pas tant qu’elle n’aura pas reçu l’argent de la vente de quotas d’émissions de gaz à effet de serre qu’elle réclame au fédéral.

"Damien Ernst : un pacte pas nécessaire"

Le député Michel de Lamotte (CDH), spécialiste des matières énergétiques, pointe plutôt la responsabilité de Marie-Christine Marghem. "Avant d’élaborer le pacte énergétique avec les Régions, le gouvernement fédéral doit définir sa propre vision énergétique , déclare-t-il. La Creg a publié des recommandations au sujet du stockage de l’énergie et de la gestion de la demande qui sont des compétences fédérales. Or Marie-Christine Marghem n’a fait aucune proposition à ce sujet. Cela devient urgent, la sortie du nucléaire est prévue dans neuf ans."

De son côté, le professeur Damien Ernst (ULg) estime que la ministre de l’Energie doit se concentrer sur sa propre politique au lieu de signer un pacte avec les régions. "C’est l’ancien CEO d’Elia qui a poussé en faveur de l’inscription du pacte énergétique dans l’accord de gouvernement. Maintenant, Marghem est coincée , déclare-t-il. La vraie question est de savoir comment on va remplacer les 6 000 MW du nucléaire. Pour cela, il faut soutenir les centrales au gaz via un mécanisme de rémunération des capacités. Elle n’a pas besoin des régions pour cela." Laurent Lambrecht