Intelligence collective face à la menace terroriste

Depuis le 22 mars dernier, date à laquelle la Belgique a fait l’objet d’attaques terroristes à la fois sur le site de l’aéroport national (infrastructure vitale) mais aussi dans une station de métro proche des institutions européennes (localisation stratégique), on relève dans les médias un nombre impressionnant d’occurrences... Une chronique de Claire Gruslin.

Contribution externe
Intelligence collective face à la menace terroriste
©REPORTERS

Comment tirer parti des informations pertinentes. Une chronique de Claire Gruslin, chargée de cours HEC Liège, membre fondateur deu Gris (Groupe de recherche en intelligence stratégique). 

Depuis le 22 mars dernier, date à laquelle la Belgique a fait l’objet d’attaques terroristes à la fois sur le site de l’aéroport national (infrastructure vitale) mais aussi dans une station de métro proche des institutions européennes (localisation stratégique), on relève dans les médias un nombre impressionnant d’occurrences telles que "cloisonnement de l’information", "fouillis dans les banques de données", "manque de partage d’informations sur le terrain", "manque de coordination des services", "manque de coopération entre différents pays", "manque de renseignement humain"

Bref, une mise en évidence de l’importance du "cycle du renseignement" (orientation de la recherche, collecte, traitement et diffusion) et du "knowledge management" dans une vision dynamique de maîtrise de l’information stratégique.

Si l’on se réfère à l’étymologie du terme "intelligence" (inter ligare), on peut s’interroger sur certains fondements de nos services d’intelligence : leur capacité à relier données, actes, événements et hommes (réseaux) pour donner du sens et générer ainsi de la connaissance.

Face à des ruptures évidentes de l’environnement, que ce soit dans un périmètre national ou européen, se pose la question d’un dispositif faisant appel à l’intelligence collective, mobilisable au sein de notre société : une véritable intelligence sociétale ! Comment donc mettre en place un processus permettant des actions systématiques de structuration, d’intégration et de capitalisation des informations critiques ? Comment assurer la mise en commun des acteurs et des ressources au sein d’une communauté ?

Trouver l’info pertinente

Dans ce contexte, "veiller", "protéger" et "influencer" - les trois piliers de l’intelligence stratégique - prennent tout leur sens pour participer à la préservation du territoire et de la société. Face à certains dysfonctionnements et à une complexité grandissante, il importe de pouvoir capitaliser sur une intelligence non plus seulement concentrée dans les mains d’un petit nombre, mais basée sur une communauté d’individus. Celle-ci peut collecter, analyser et partager en temps réel des données et des images qui deviennent ainsi des informations utiles. Une fois mises en réseau, ces infos indiquent les zones de risques sur lesquelles focaliser la protection. Elles apportent aussi une plus-value indispensable pour influencer la prise de décision et, plus largement, le bon fonctionnement des organisations et de la société elle-même.

L’appel à la communauté, exprimé par les autorités belges et relayé sur les réseaux sociaux, pour identifier "l’homme au chapeau" sur les images des caméras de surveillance, illustre bien cette démarche collaborative, sur base volontaire, visant à résoudre une problématique.

Trouver "l’information pertinente" dans la masse de plus en plus importante d’informations produites et mises en circulation, voilà déjà un premier défi. Mais coordonner les acteurs pour tirer parti de ces informations constitue le défi majeur pour notre société : les différents échelons par lesquels gravitent les informations sont autant de barrières à la transmission en temps réel de données susceptibles d’éclairer les situations et d’obstacles à surmonter pour dépister à temps la menace et pouvoir ainsi la déjouer…

Enjeux stratégiques

Cependant, les technologies de l’information et de la communication offrent une belle opportunité : elles permettent de redéfinir l’approche sur un territoire virtuel facilitant la consolidation des signaux forts ou faibles, préambule à une politique commune d’intelligence territoriale. Celle-ci fait partie intégrante du dispositif défini par le Groupe de recherche en intelligence stratégique (Gris) de HEC-Liège, à savoir : "un mode de gouvernance basé sur la maîtrise et la protection de l’information stratégique et pertinente, sur le potentiel d’influence, indispensable à tous les acteurs économiques soucieux de participer pro-activement au développement et à l’innovation, en construisant un avantage distinctif durable dans un environnement globalisé et hypercompétitif" .

Le pôle "Recherche" du Gris a pour mission de stimuler l’étude et le débat, en offrant une lecture académique, transversale et intégrative de certains enjeux stratégiques : son prochain colloque s’atta che à faire le lien entre prospective et intelligence stratégique.