Le Brexit, l’Europe et la Nation

Le 23 juin, une petite majorité d’électeurs britanniques a surpris le monde en manifestant son désir de sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne. Ils posent à l’Union européenne la question de savoir quels défis elle peut mieux relever que les gouvernements nationaux. Ils se montrent prêts à renoncer à certains avantages européens pour se garantir la protection de leur gouvernement. Chronique.

contribution externe
Le Brexit, l’Europe et la Nation
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Une chronique d'Alain De Crombrugghe, professeur d'économie à l'Université de Namur, professeur invité à l'UCLouvain.

Le 23 juin, une petite majorité d’électeurs britanniques a surpris le monde en manifestant son désir de sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne. Ils posent à l’Union européenne la question de savoir quels défis elle peut mieux relever que les gouvernements nationaux. Ils se montrent prêts à renoncer à certains avantages européens pour se garantir la protection de leur gouvernement.

A l’époque du Marché commun (1957), le premier défi était de consolider la paix en Europe continentale. Deux autres défis s’y joignaient : relancer la production industrielle et gérer les transformations de secteurs sensibles. Après les oppositions entre Etats-Nations, le commerce offrait une voie d’avenir pacifique. Les accords cherchaient un équilibre entre libre circulation interne et protection externe, entre concurrence entre entreprises et gestion commune de secteurs tels que l’agriculture, le charbon et l’acier.

Le Royaume-Uni, très favorable au commerce, l’était beaucoup moins aux interventions dans certains secteurs. Entré dans le marché commun en 1973 pour l’accès au marché, il a très vite limité sa participation à la politique agricole.

Défis élargis

Aujourd’hui, les défis se sont élargis. Le commerce ne se limite plus aux marchandises, mais touche les services et les biens immatériels, appelant des réglementations parfois très spécifiques. Les questions de pollution ou de respect de règles sociales ou fiscales dépassent les frontières. De nouveaux producteurs et de nouveaux marchés ont émergé. Les mouvements de population ont pris de nouvelles dimensions et ignorent largement les frontières européennes internes.

Agir au niveau européen peut gérer des interdépendances et peut mobiliser un pouvoir de négociation basé sur un grand marché attractif, à l’instar du pouvoir de persuasion des Etats-Unis sur des entreprises non-américaines.

Pour relever ces défis avec la confiance de l’électorat, les institutions européennes pourraient considérer trois leviers semblables à ceux que mobilisent les Etats : l’équilibre entre liberté et solidarité, l’inclusion de tous dans les décisions et dans la perception de leur bénéfice potentiel, et enfin l’évocation d’une culture commune.

L’équilibre entre possibilités et solidarités implique des contraintes pour garantir liberté et protection des citoyens, des entreprises et des pouvoirs intermédiaires. La résistance à la contrainte ou à la délégation exprimée par les Etats membres laisse la solidarité à leur seule discrétion. Du fait de cette résistance, et pas seulement par l’ouverture des frontières, l’Union européenne est souvent perçue comme apportant possibilités et risques pour acteurs agiles en omettant protection et solidarité en cas d’accident.

En matière d’inclusion, trop de citoyens britanniques ne perçoivent pas suffisamment ce que l’Europe leur apporte ou peut leur apporter. C’est aussi un problème de l’économie britannique très dépendante du secteur financier londonien et un effet de la place accordée au commerce international et aux migrants par le Royaume-Uni, indépendamment de l’intégration européenne.

Mais solidarité et culture compensent ces faiblesses au niveau du Royaume-Uni. Au niveau de l’Europe, ce n’est pas la multiplication des champs d’intervention qui convaincra l’électeur de son inclusion, ce seront plutôt des occasions de participer aux décisions et aux actions de partage des possibilités et des solidarités face aux défis-clés.

Capacité d’adaptation

Une culture commune est faite de valeurs et de modalités de gestion des situations plutôt que de normes, et elle est donc capable d’adaptations. La culture anglaise depuis la lointaine privatisation des communs agricoles est de protéger la personne plutôt que l’emploi. La culture continentale est moins tranchée et a eu recours à des plans sectoriels communs. On sait aujourd’hui que ces plans négociés ne suffisent plus et que la protection de la personne doit primer mais passe aussi par de nouveaux emplois.

Le partage des possibilités et des solidarités demande donc une culture de confiance dans des institutions couvrant un champ suffisamment partagé entre toutes les parties prenantes et favorable aux initiatives locales de développement. L’avenir de l’Union européenne passe par ces leviers, l’avenir de l’euro aussi. La question posée par l’électorat britannique sur l’objectif, l’étendue et les modalités de la solidarité européenne pose réponse.

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