Les 6 conditions du développement de l’industrie en Wallonie

Caterpillar ne change pas notre conviction : l’industrie a un avenir en Wallonie. À condition que les entreprises se situent sur les marchés porteurs et que l’on mette à leur disposition les leviers adaptés en termes d’innovation, de qualification, d’accès au marché et de compétitivité. Une carte blanche de Thierry Castagne, Directeur général d’Agoria Wallonie.

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Les 6 conditions du développement de l’industrie en Wallonie
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Une carte blanche de Thierry Castagne, Directeur général d’Agoria Wallonie.

Caterpillar ne change pas notre conviction : l’industrie a un avenir en Wallonie. À condition que les entreprises se situent sur les marchés porteurs et que l’on mette à leur disposition les leviers adaptés en termes d’innovation, de qualification, d’accès au marché et de compétitivité.

Oui, la fermeture de l’usine Caterpillar à Gosselies est un coup dur pour l’économie wallonne. Oui, l’impact se fera sentir chez de nombreux sous-traitants de la région, et on évalue à 6.000 le nombre d’emplois qui risquent d’être touchés en Wallonie et en Belgique. Alors oui, nous comprenons que certains se posent la question de l’avenir de l’industrie en Wallonie.

Pourtant, l’industrie technologique demeure un pilier du développement économique wallon. La hausse du nombre d’entreprises technologiques en Wallonie depuis 20 ans (+ 20%) et de leur valeur ajoutée (+ 35%) en sont une preuve. Caterpillar ne remet en cause ni le dynamisme l’écosystème industriel wallon, ni la productivité de ses entreprises. Mais il questionne la façon dont nous assurons leur pérennité. Quel climat d’entreprise leur proposons-nous ? Comment soutenons-nous leurs projets de R&D et d’investissements ? Comment les aidons-nous à grandir en s’insérant dans le tissu économique local ?

Agoria en est convaincue, l’industrie a un avenir en Wallonie. Mais à certaines conditions:

1. Restructurations, outsourcing, perte de compétitivité sont responsables de la baisse de l’emploi technologique (- 7% en 20 ans). Tout comme l’automatisation des outils de production. Cela signifie-t-il que robotisation et numérisation sont les ennemis de l’emploi industriel ? Il suffit d’observer ce qui se passe dans les usines du futur pour se rendre compte que non. En améliorant la productivité, l’automatisation permet aux entreprises de faire face à la concurrence mondiale en maintenant chez nous une part de leur production. Les entreprises qui investissent dans la modernisation de leurs moyens de production sont aussi celles qui recrutent !

2. Ces moyens de production, s’ils automatisent les tâches à faible valeur ajoutée, nécessitent des compétences technologiques de plus en plus pointues. Cela implique que l’enseignement technique et technologique s’adapte. Le rapprochement entre entreprises et enseignement est un enjeu essentiel du développement de notre industrie, Agoria s’y engage depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, recruter un profil technique reste difficile : après l’annonce de la fermeture de Caterpillar, de nombreuses entreprises du secteur ont d’ailleurs manifesté leur intérêt pour le recrutement de ces travailleurs qualifiés.

3. Moderniser, cela passe inévitablement par l’innovation. Certaines entreprises technologiques wallonnes sont des leaders mondiaux dans leur domaine : il s’agit toujours d’entreprises qui mettent la R&D au cœur de leur stratégie.

4. Les entreprises les plus agiles sont aussi celles qui enregistrent le plus de succès : elle s’adaptent et évoluent en se dirigeant vers les marchés le plus porteurs. Et faire partie d’un groupe multinational n’empêche pas forcément d’avoir cette agilité et cette réactivité. C’est la capacité du management d’agir localement avec autonomie qui augmentera l’ancrage régional des entreprises.

5. Pour attirer les investisseurs, notamment étrangers, nous devons leur assurer un climat d’entreprise favorable: la paix sociale, qui passe par un dialogue serein avec les partenaires sociaux, mais également la stabilité politique et la sécurité juridique. Par exemple, la remise en question permanente des intérêts notionnels n’est pas un facteur propre à rassurer les dirigeants d’entreprise qui souhaitent investir.

6. Le dernier point, et non des moindres, est la compétitivité. Malgré les mesures gouvernementales récentes, les coûts du travail et de l’énergie, ainsi que la fiscalité des entreprises restent parmi les plus élevés d’Europe. Or la concurrence et la pression sur les coûts sont de plus en plus fortes. L’industrie wallonne a absolument besoin d’un choc de compétitivité.

Ce sixième point est probablement le plus crucial mais nous ne rétablirons pas l’attractivité de notre industrie sans un plan d’action global qui prenne en compte ces différents axes. Pourtant la Wallonie a besoin de son industrie : elle constitue une source d’emplois directs et indirects dont elle ne peut pas se passer.

(1) L’industrie technologique wallonne représente 3.100 entreprises, 57.000 emplois directs et 16 milliards € de chiffre d’affaires, dont 75% réalisés à l’exportation.