La touchante candeur du patron d'ING Belgique…

"Nous avons sous-estimé l'impact émotionnel de cette annonce". Cela restera sans doute comme l'une des phrases les plus surréalistes de la semaine, voire de l'année. Et elle émane de Rik Vandenberghe, le patron d'ING Belgique, qui était soumis ce vendredi matin à un feu nourri de questions à la Chambre émanant de parlementaires belges très remontés et cela tous partis confondus.

Vincent Slits

Une chronique de Vincent Slits


"Nous avons sous-estimé l'impact émotionnel de cette annonce".

Cela restera sans doute comme l'une des phrases les plus surréalistes de la semaine, voire de l'année. Et elle émane de Rik Vandenberghe, le patron d'ING Belgique, qui était soumis ce vendredi matin à un feu nourri de questions à la Chambre émanant de parlementaires belges très remontés et cela tous partis confondus.

Quelques jours après l'annonce d'un plan qui se traduira, d'ici 2021, par la disparition de 3 150 emplois (dont 1 700 licenciements), le CEO de la filiale belge du géant néerlandais a donc expliqué, d'un ton grave, mais avec pleine candeur, n'avoir pas anticipé l'onde de choc que générerait cette restructuration de grande ampleur. Et c'est vrai que l'annonce de la fermeture prochaine de Caterpillar à Gosselies est passée comme une lettre à la poste….

On ne s'y prendrait pas autrement pour donner raison à ceux qui estiment que les patrons des grandes banques vivent aujourd'hui sur une autre planète, celle où la recherche d'un rendement élevé à tout prix - dont certains économistes doutent aujourd'hui de la pertinence - tient lieu de boussole au mépris d'un intérêt sociétal pourtant régulièrement mis en avant dans la communication des multinationales.

Communication désastreuse

Décidément, la communication d'ING aura été désastreuse tout au long de cette semaine. D'un communiqué de presse dont le titre n'évoquait pas un mot sur les conséquences sociales à venir à une lettre à la clientèle occultant, elle aussi, cet aspect des choses, ING a donné l'impression de vouloir axer sa communication autour d'un nouveau concept: celui d'une rationalisation qui serait enclenchée dans l'intérêt des clients - "nous allons mieux vous servir et répondre à vos besoins en simplifiant notre organisation" -, mais sans assumer pleinement la casse sociale qui y est liée.

Dans un contexte socialement aussi dramatique, certains des éléments de langage utilisés par ING heurtent et restent incompréhensibles. Des éléments de langage d'autant plus en décalage avec la réalité brutale qu'ils pourraient à terme ternir l'image et la crédibilité d'une banque qui sera soumise, dans une opération de transformation aussi radicale, à des vents contraires. La stratégie de déni sociale pourrait donc se révéler contre-productive.

Lundi devrait débuter le long processus de loi Renault au cours duquel direction et syndicats débatteront de la manière de concrétiser ce plan social, idéalement en tentant d'en amortir le choc. Il est urgent que les postures et la "com" cèdent la place à un discours de vérité où le premier objectif doit rester à la recherche de solutions socialement et humainement acceptables.

A plus long terme, il ne faut pas se faire d'illusions. D'autres restructurations bancaires suivront. D'ici dix ans, des milliers d'emplois supplémentaires disparaîtront probablement dans le secteur bancaire belge même si de nouveaux profils émergeront. Le nier serait se voiler la face. Dès maintenant, une réflexion doit impliquer le secteur, les syndicats et les pouvoirs publics. Pour que l'on puisse accompagner au mieux ce processus de transformation et que la numérisation ne devienne pas un cimetière social.