La FGTB veut relancer l’industrie à Bruxelles

Il ne reste plus que 19.000 emplois industriels contre 166.000 en 1961. Selon le syndicat socialiste, le déclin des industries dans la capitale représente un danger social.

Raphaël Meulders

Les plus anciens de nos lecteurs s’en souviendront peut-être : il y a cinquante ans, Bruxelles était la ville la plus industrielle de Belgique, avec plus de 166 000 personnes travaillant dans le "manufacturier", soit davantage que Liège (100 000), Anvers (87 000) ou Charleroi (56 000). Mais la chute a été spectaculaire dans la capitale belge qui ne compte désormais plus que 19 000 emplois de ce type, soit une baisse de 89 % par rapport au début des années 60… "Des grands établissements industriels, comme Citroën, Nestor Martin, Côte d’Or ou Philip Morris ont quitté progressivement la région", explique Philippe Van Muylder, le secrétaire général de la FGTB de Bruxelles. Aujourd’hui, l’industrie manufacturière ne représente ainsi plus que 3 % de l’emploi salarié bruxellois. Et ce chiffre a tendance à diminuer chaque jour.

De quoi inquiéter la FGTB qui propose un plan industriel "keynésien" pour Bruxelles. "Le danger est de devenir une ville administrative et de logements comme l’est devenue Washington D.C. Une ville a besoin, pour sa cohésion sociale, d’une mixité de fonctions. Or la fonction productive est devenue la fonction faible à Bruxelles, où la plupart des plus-values se font désormais sur l’immobilier", poursuit le secrétaire général.

Attention aux conséquences sociales

Selon le syndicat socialiste, la présence d’industries est même "essentielle" en ville. "Economiquement, l’industrie représente encore la plus grande part des échanges commerciaux et des efforts en recherches et développement en Belgique. C’est aussi une valeur ajoutée de 15 % du PIB belge, soit 60 milliards d’euros en 2014". Mais il y a aussi, selon M. Van Muylder, un enjeu social et politique important. "Bruxelles a une réserve de main-d’œuvre jeune importante, dont l’ADN correspond parfaitement à ce type de boulot. Avec le haut taux de chômage que nous connaissons, si toutes les fonctions productives partent de la capitale, cela risque de péter."

Encore faut-il savoir quel type d’industrie peut s’intégrer dans un tissu urbain tel que l’agglomération bruxelloise. "Le monde a changé. Il ne faut pas être passéiste. On ne va certainement pas attirer un constructeur automobile tel qu’Opel, reconnaît le secrétaire général. Mais il y a des tas de secteurs où Bruxelles peut se positionner, comme celui de l’économie numérique, circulaire (transformer les déchets urbains en ressources industrielles) ou de la fonctionnalité (substituer la vente des biens par l’usage de ces biens). Il faut aussi soutenir l’artisanat alimentaire (bière, chocolat…) de Bruxelles".

"Nous ne sommes pas à Durbuy non plus"

En cinquante ans, les mentalités et les normes environnementales ont aussi évolué : le bruit et la pollution engendrés par certaines entreprises ne font plus bon ménage avec l’habitat. "Il faut en tenir compte, mais nous ne sommes pas à Durbuy non plus. Dans une ville, on vit, mais on produit aussi". Mais avant de créer de nouvelles zones industrielles, le syndicat veut sauvegarder celles qui existent à Bruxelles. "Trop peu d’espaces sont prévus par le PRAS, le plan régional d’affectation du sol, pour accueillir ce type d’activités", regrette Philippe Van Muylder. Sur les 370 000 m2 du projet de Tour et taxis, pas un n’est réservé à l’industriel".

Pour la FGTB, la mobilité doit également devenir une "priorité économique". Parmi les idées proposées : le développement d’un réseau pilote de petits centres de distribution urbain mutimodaux et une coopération renforcée entre la Stib, les Tec et De Lijn. Pour attirer les entreprises industrielles, le syndicat socialiste imagine la création d’un fonds. Celui-ci sera financé par la réforme des réductions ONSS, accordées aux entreprises industrielles. La région bruxelloise envisage ainsi de diminuer le nombre de travailleurs âgés bénéficiant de cette réduction. "Il faut réinvestir cet argent épargné dans l’aide au développement de l’industrie à Bruxelles", conclut M. Van Muylder.R.Meu.

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