Dallas rejoue la loi du plus fort entre télécoms et médias

Dallas, Texas. Fin des années 1980. Une bonne partie de la planète découvre, à travers la petite lucarne cathodique, l’univers impitoyable de la famille Ewing. Dallas est alors la patrie du pétrole et du dollar, où on glorifie la loi du plus fort et où on ne redoute que la mort… Un commentaire de Pierre-François Lovens.

Pierre-François Lovens
Dallas rejoue la loi du plus fort entre télécoms et médias
©AFP

Dallas, Texas. Fin des années 1980. Une bonne partie de la planète découvre, à travers la petite lucarne cathodique, l’univers impitoyable de la famille Ewing. Dallas est alors la patrie du pétrole et du dollar, où on glorifie la loi du plus fort et où on ne redoute que la mort…

Près de quatre décennies plus tard, Dallas refait parler d’elle. Mais il n’est plus question d’or noir; cette fois, on parle de tuyaux et de contenus. La loi, par contre, est toujours celle du plus fort. Dallas, patrie du géant américain de télécoms AT&T. A l’image de ses rivaux Comcast (numéro 1 du câble américain) et Verizon (champion du mobile), l’opérateur de Dallas ne peut plus se contenter de prospérer sur ses seules "tuyaux" de distribution (téléphonie fixe et mobile, Internet, satellite). Désormais, un "telco" se doit d’être convergent s’il veut survivre et la loi du plus fort éliminera tous ceux qui seront incapables de mettre du carburant "premium" dans ses tuyaux.

La méga-fusion annoncée ce week-end entre AT&T et Time Warner n’est rien d’autre que ça. Pour assurer sa prospérité, AT&T entend disposer de ses propres contenus (programmes audiovisuels, films, vidéo) afin de valoriser ses plateformes de distribution auprès de la clientèle américaine. Et en mettant la main sur Time Warner, il s’assure un magnifique trésor de guerre. Time Warner est en effet l’un des plus gros producteurs de contenus au monde (Warner Bros, CNN, HBO…). En 2015, déjà, AT&T avait déboursé la coquette somme de 48,5 milliards de dollars pour s’emparer de DirecTV, lui permettant de décrocher le leadership américain en termes de nombre d’abonnés. La guerre pour les meilleurs contenus se double d’une guerre technologique. Si elle reste importante, la distribution de contenus sur les réseaux câblés est en perte de vitesse. Aujourd’hui, de plus en plus d’Américains migrent vers les offres de contenus à la demande accessibles sur des plateformes en ligne et mobiles. Le "tout Internet". C’est le pari lancé par AT&T. Risqué, mais cohérent.