Co entrepreneur Café #65 : Comment favoriser l’émergence de nouveaux entrepreneurs ?

L’innovation technologique de rupture ne suffit plus. Les enjeux de la transition écologique et de l’économie circulaire sont aujourd'hui fondamentaux. Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et venture partner pour LeanSquare, directeur de AI Black Belt, professeur invité à l’UCLouvain et à l’UNamur.

Roald Sieberath
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Libre Eco week-end | 

Certains ont une passion pour les orchidées, d’autres pour les voitures de sport ; pour ma part, ce sont les entrepreneurs qui restent l’objet de ma fascination.

Dans un monde de plus en plus changeant, soumis à des crises sur le plan sanitaire, économique, écologique, et même à une crise de sens, nous avons besoin plus que jamais de ces talents si particuliers, qui peuvent aider à construire "le monde d’après".

Comment favoriser l’émergence de nouveaux entrepreneurs ? C’est une question qui m’occupe depuis plus de 10 ans à présent.

L’entrepreneuriat trouve de plus en plus sa place dans les cursus de nos universités et hautes écoles, avec des programmes comme YEP, le réseau des incubateurs étudiants (VentureLab à Liège, StartLab à Bruxelles, Yncubator à Louvain-la-Neuve, etc.) (j’y ai joué ma part également, avec le programme "StarTech", poussé par WSL et la Sowalfin dans les écoles d’ingénieurs). Il existe également des formules davantage "accélérateur", en trois mois sur le modèle américain des Y Combinator, 500 Startups ou TechStars (nous avions démarré le Boostcamp avec Ben Piquard dès 2010 au MIC).

La "meilleure école", si on me demande, c’est d’avoir été dans le noyau de départ (les 5-10 premiers) d’une start-up qui devient scale-up. On apprend alors tout de la croissance, on découvre les possibilités du financement en capital risque, on apprend à faire la part entre plans stratégiques et réalité opérationnelle, etc. La Silicon Valley ne s’y trompe d’ailleurs pas, elle qui suit de près les cadres qui quittent une scale-up prometteuse : c’est généralement un signe qu’ils planchent sur la création de quelque chose de plus fort. On a vu la célèbre PayPal Mafia, où des anciens de PayPal ont créé (en vrac) : Tesla, SpaceX, YouTube, LinkedIn, Palantir, Slide, Kiva, Yammer, Yelp…

En Belgique, c’est autour du défunt NetLog que sont sortis des projets comme : Engagor, Realo, Showpad, Expenditure… Ou en Belgique francophone, à plus petite échelle, on peut retrouver des fondateurs ambitieux parmi des anciens de Take Eat Easy, Real Impact, Swan Insights… un "virus entrepreneurial" semble s’être transmis.

Mon conseil donc : allez vous frotter à ce qui marche, en Silicon Valley ou ici !

De l'innovation, mais pas que

J’assistais mercredi à l’assemblée générale de l’UWE à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve. Au fil des discours, des témoignages d’entrepreneurs, se dégagent des messages clés, qui indiquent que l’entreprise de demain sera bien différente de celle d’il y a 20 ans… et que la mutation est en cours.

L’impératif le plus central était "innovation". Auparavant, ça semblait cantonné à quelques grandes entreprises disposant de leurs labos de R&D. Désormais, il semble compris que toute entreprise est invitée à innover, même les plus petites (ça peut se faire par l’innovation de business model, un de mes dadas depuis 2010, et le sujet de mon cours à l’UNamur, dans les traces de Yves Pigneur et son Business Model Canvas).

Des entreprises, comme Tilman, EyeD Pharma, Alpha Innovations, ont témoigné de leurs démarches d’innovation, souvent soutenues par des aides comme celles de la DGO6.

L’innovation technologique de rupture est exemplifiée par Benoît Deper, fondateur de AeroSpaceLab : son projet de lancer une constellation de nano-satellites, inspiré par son expérience américaine à la Nasa en Silicon Valley, l’a propulsé en moins de deux ans (et avec 11 millions levés), comme LA société en Europe capable de jouer sur cet enjeu mondial, au carrefour de l’aérospatial, de la donnée, de l’intelligence artificielle.

Juste derrière l’innovation arrive l’enjeu de la transition écologique et de l’économie circulaire. Trop longtemps, l’environnement était le grand absent de nos calculs économiques.

Dans l'air du temps

Plus présent que jamais, entre autres par la voix du président Jacques Crahay, il reçoit l’aval du ministre-président, et le soutien d’acteurs comme la coalition Kaya, et The Shift, et des actions comme le Green Deal.

Là aussi, il s’agit d’un mouvement qui peut toucher chaque entreprise, chaque entrepreneur. Salvatore Ianello, le CEO du chocolatier Galler, m’expliquait comment ils ont repensé fondamentalement ce métier "classique" pour l’orienter sur de telles valeurs fortes, et éminemment dans l’air du temps.

Au final, les conclusions de l’administrateur-délégué Olivier de Wasseige rassemblent et donnent la direction. L’UWE va continuer à équilibrer ces trois piliers : le souci écologique, la rentabilité économique, l’équilibre social. Avec l’ambition de "donner un nouveau visage à la Wallonie", d’après les mots du ministre-président.

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