Que faire de tout ce cash ?

En 2020, les entreprises américaines ont massivement emprunté sur les marchés, de sorte qu’elles disposent de sommes colossales sur leur bilan. Que vont-elles faire de cet argent en 2021 ? Différentes stratégies seront adoptées en fonction des secteurs, des opportunités ou des inquiétudes qui persisteront sur l’avenir. Il est probable que la plupart de ces stratégies s’avèrent positives pour la tenue des marchés boursiers. Une chronique signée Sylviane Delcuve - Senior Economist à BNP Paribas Fortis.

Que faire de tout ce cash ?
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Sylviane Delcuve

Nous l’évoquions la semaine passée, les émissions obligataires ont atteint des niveaux records en 2020 : aux USA, les entreprises ont ainsi levé $2500 milliards sur le marché obligataire afin d’assurer leur survie grâce à une trésorerie suffisante pour faire face à la crise sanitaire qui a détruit de manière brutale leurs perspectives dès le mois de mars. Là-bas, le PIB a chuté de 9% au second trimestre et de nombreuses entreprises n’ont dû leur salut qu’à ces matelas constitués en catastrophe. Ce fut particulièrement le cas pour les secteurs les plus touchés comme l’aviation ou le divertissement. Au quatrième trimestre, le secteur aérien perdait encore environ $30 millions de cash par jour, d’où l’importance d’avoir une trésorerie suffisante en attendant que la vie reprenne son cours normal.

Les vaccins sont à présent administrés à grande échelle, un nouveau président prend les rênes pour 4 ans avec une majorité absolue et l’avenir s’annonce moins sombre, notamment parce que le pays affiche tous les jours sa volonté de tout faire pour permettre à l’économie de se redresser.

Que faire de cette fortune ?

La question se pose pour de nombreuses entreprises, puisque parmi les entreprises du S&P 500, il y aurait environ $1300 milliards de cash sur les bilans à fin 2020. Que faire de cette fortune empruntée à taux très bas ?

La rendre

Rembourser ces emprunts, ce qui permettrait de réduire l’endettement de l’entreprise. De nombreux gestionnaires de fonds salueraient ce geste car nous sommes à un point dans le cycle économique où les bilans de nombreuses entreprises sont en piteux état, avec une endettement trop élevé par rapport aux fonds propres (le fameux effet de levier que tout le monde redoute).

La dépenser en investissant pour l’avenir de l’entreprise

L’idée serait de dépenser ces sommes en investissant pour faire croître le business et profiter « du monde d’après ». Ceci est d’autant plus tentant que ces dettes ont été contractées à des taux extrêmement bas. Sans le moindre doute, une telle stratégie serait bien accueillie par les marchés boursiers.

Rachats d’actions ou achat de concurrents

Les grandes banques américaines ont ainsi annoncé leur intention de racheter l’équivalent de $10 milliards de leurs propres actions sur le premier trimestre 2021, maintenant que la banque centrale leur a donné son feu vert. Ces rachats d’actions avaient été interdits au début de la crise sanitaire car on considérait que l’argent devait être utilisé à octroyer le plus de crédits possibles pour venir en aide aux entreprises en difficulté. Il n’est pas exclu que les entreprises d’autres secteurs fassent le même choix, comme cela se fait régulièrement depuis des années et explique la très bonne tenue des bourses certaines années.

La garder telle quelle

Pour beaucoup d’entreprises, les obligations contractées dans le passé récent se traitent à un prix supérieur à 100% car les taux longs ont bien baissé sur 2020. L’idée est alors qu’elles pourraient facilement refinancer ces dettes à des taux encore plus bas et garder intact le bas de laine ainsi constitué en attendant des jours vraiment meilleurs. La seconde vague de l’épidémie et l’apparition des différents variants de Covid continuent de faire des ravages, et il est encore tôt pour être certain que 2021 sera vraiment moins mauvaise que 2020. Cette stratégie de prudence pourrait être celle que les marchés apprécient le moins, encore que ….

L’avenir nous le dira.